Poésies de Charles coran, 1887
Après lecture
DES POÈMES DU COMTE DE V***
Dès qu’on ouvre ce livre on dirait qu’il en sortUn souffle parfumé, très fin sans être fort.Où l’esprit distilla ce charme sous les rimesNe cherchons pas les mers, les bois,les monts sublimes ;Le lyrique parfum est l’odeur d’un salonVoué par l’élégance aux grâces d’Apollon.Entiez en homme appris : la muse — une comtesse —Impose à vos égards sa haute politesse ;On se sent chez quelqu’un portant sur parcheminUn nom titré qu’admet le faubourg Saint-Germain.Alors, loin de railler si l’illustre poëte,Coquet pour retenir, surveille sa toilette,Lisez, comme il compose, avec correction ;Et, séduit, profitez de sa distinction.Surtout, appréciez durant votre visiteLes procédés courtois de ces œuvres d’élite,Le soin de varier, la réserve qui plaît,La mesure, le tact… Quel art presque complet !Ces chants vous offriront la juste équivalenceD’un salon où les mœurs atteignent l’excellence.
Aussi, dans les hivers hypocondres et grisHostiles aux songeurs du nébuleux Paris,Quand le cœur fatigué se permet le blasphèmeDe déclarer les gens ennuyeux — hors soi-même ; —Que l’on défend sa porte aux causeurs importunsPour les trouver en bloc, sans les voir, trop communs ;Que, seul près de son feu, bienséant par nature,On voudrait dans sa chambre avoir, sous la tenture,Un corridor allant vers un boudoir rempliD’un monde démodé resté digne et poli ;On aime, ces jours-là, fréquenter un volumeDont la muse comtesse est fière et se parfume.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources