Poésies de Charles coran, 1887
Discrétion
A …
Tu m’as tout accordé sous le ciel de ta couche ;Et posant, cher amour, tes lèvres sur ma bouche,Tu murmurais : « Soyez discret ! »Mais comprends que j’étouffe à garder ce mystère ;J’ai dû courir, ce soir, dire aux cieux, à la terre,L’immensité de mon secret.
Les astres sur mon front formaient un chœur superbe.Dans les prés, sous mes pas,les fleurs constellaient l’herbe ;Brûlant, je m’y suis étendu :J’ai proclamé ton nom, interprété tes voiles,Expliqué mes trésors. — Les fleurs et les étoiles,Je t’en réponds, m’ont entendu.
Vénus semblait pâlir, jalouse de tes charmes ;Mars ému ravivait le brillant de ses armes.Lui, le gazon, se tenait droit :Reconnais ton pouvoir ; quand j’ai décrit ton signe,Les boutons d’or tremblaient pris d’une ardeur insigne,Mais va ! je n’ai pas dit l’endroit.
Confident soulagé, ravi de ma prudence,Je reviens dans tes bras chercher ma récompense.Vois, chère âme, que loin du litJ’écarte les flambeaux pour dérouter ta glace. —Donne à l’amant discret, qui cache ainsi la place,Le duvet de ce beau petit.
Inédit
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources