Poésies de Charles coran, 1887
Essais de peinture
Le jeune homme enfin las d’attendre l’avenirSur un sofa qui peine à ne voir rien venir,S’est donné comme emploi de bon goût sur la terreLa peinture occupant l’amour célibataire.L’amour, il l’a conquis tendre et mystérieux ;La peinture, il l’apprend d’un maître glorieux.Sa maîtresse, ô faveur, veut servir de modèle ;Dès lors, ayant Campaspe, il s’agit d’être Apelle.Son atelier contient un attirail complet.Le sofa se bouffit. Près du grand chevaletLa Vénus de Milo figure, comme au Louvre.Que Campaspe à son tour pour poser se découvre !Lui, devant un carton vierge, admire, ingénu,Les deux types du beau, l’idéal et le nu ;Puis va de l’un à l’autre, évoquant l’esthétique,Conjurant la nature, apostrophant l’antique ;Il laisse son crayon tomber, palpe les chairs,Caresse la statue, assimile leurs airs.— Mais quoi ! de lâches mains ont tronqué la déesse !Horreur ! il a saisi l’être entier, sa maîtresse,Vers le sofa l’emporte, et conçoit un tableauDans les bras que n’a plus la Vénus de Milo.
Qu’obtiendra ce garçon de semblable culture ?Peut-être un madrigal, jamais une peinture
Inédit
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources