Poésies de Charles coran, 1887
Ivresse
AU PIED DU VASE BORGHÈSE
Le soleil automnal entre au Louvre et caresse,Avant de se coucher, le grand vase d’ivresse.Vient-il donc rafraîchir ses rayons voyageurs ?— Moi, je vous sollicite aux bachiques rougeurs,Grecs qui dans ce palais rêvez en effigie :Quittez vos piédestaux et faisons une orgie !Tout profane dehors, les gardes vont fermer ;Évoé ! nous boirons pour après boire aimer !Faux dieux, héros, lutteurs, antique et jeune troupe,Un cœur resté païen vous dénonce une coupePleine encore, et le vin demeuré généreuxN’attend que votre soif, lutteurs, héros, faux dieux !Sous ses pampres tressés, la gorge vous invite ;La panse vous promet du chypre ; accourez vite,Bondissons sur le socle, embrassons corps à corpsLe Borghèse, et grisons nos lèvres sur ses bords.— Ressuscitez ensuite, ô filles des deux Grèces !Renaissez à la chair, apocryphes déesses ;Vous autrefois Laïs, et vous jadis Phryné,Assez de marbre ! allons ! le signal est donnéD’étreindre des mortels entre vos bras d’hétère.— Et toi, danse sculptée aux flancs de ce cratère,Sur ta lyre sans voix fais vibrer des accents ;Crotales, éveillez le tumulte des sens,Flûtes, soufflez, soufflez les chansons de Lydie ;Vénus va tressaillir sous ma bouche hardie !
26 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Charles Coran, Paris, LIBRAIRIE DES BIBLIOPHILES, 1887· numérisation archive.org· Sources