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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Imitation De Jésus-Christ, 1656· Livre troisième

Chapitre Xlvii

Que pour la vie éternelle il faut endurer les choses les plus fâcheuses.

Pierre Corneille· 9 dizains, alexandrins et octosyllabes, 90 vers

Ne te rebute point,‖ mon fils, de ces travauxQue l’ardeur de ton zèle‖ entreprend pour ma gloire ;Ne te laisse jamais‖ abattre sous les mauxQui te veulent des mains‖ enlever la victoire.En quelque triste état‖ que leur rigueur t’ait mis,Songe à ce que je t’ai promis,Reprends cœur là-dessus,‖ espère, et te console :Je rendrai tes desirs‖ pleinement satisfaits,Et j’ai toujours de quoi‖ dégager ma parolePar l’abondance des effets.

Tu n’auras point ici‖ longtemps à te lasser,Tes douleurs n’y sont pas‖ d’une éternelle suite :Un peu de patience,‖ et tu verras passerCe torrent de malheurs‖ où ta vie est réduite.Un jour, un jour viendra‖ que ce rude attirailDe soins, de troubles, de travail,Fera place aux douceurs‖ de la paix desirée :Cependant souviens-toi‖ que les maux les plus grandsNe sont que peu de chose,‖ et de peu de durée,Quand ils cessent avec le temps.

Applique à me servir‖ une assiduitéQui de ce que tu dois‖ jamais ne se dispense ;Travaille dans ma vigne‖ avec fidélité,Et je serai moi-même‖ enfin ta récompense.Écris, lis, chante, prie,‖ et gémis tout le jour,Garde le silence à son tour,Supporte avec grand cœur‖ tous les succès contraires :Leur plus longue amertume‖ aura de doux reflus,Et la vie éternelle‖ a d’assez grands salairesPour être digne encor de plus.

Oui, tu verras un jour‖ finir tous ces ennuis ;Dieu connoît ce grand jour,‖ qu’autre ne peut connoître :Tu ne verras plus lors‖ ni les jours ni les nuits,Comme ici tu les vois,‖ s’augmenter ou décroître ;D’une clarté céleste‖ un long épanchementFera briller incessammentD’un rayon infini‖ la splendeur ineffable ;Et d’une ferme paix‖ le repos assuréVersera dans ton cœur‖ le calme invariableQue ces maux t’auront procuré.

Tu ne diras plus lors :‖ « qui pourra m’affranchirDe la mort que je traîne,‖ et des fers que je porte ? »Tu ne crieras plus lors :‖ « faut-il ainsi blanchir ?Faut-il voir prolonger‖ mon exil de la sorte ? »La mort, précipitée‖ aux gouffres du néant,N’aura plus ce gosier béant,Dont tout ce qui respire‖ est l’infaillible proie ;Et la santé sans trouble‖ et sans anxiétéN’y laissera goûter‖ que la parfaite joieD’une heureuse société.

Que ne peux-tu, mon fils,‖ percer jusques aux cieux,Pour y voir de mes saints‖ la couronne éternelle,Les pleins ravissements‖ qui brillent dans leurs yeux,Le glorieux éclat‖ dont leur front étincelle !Voyant ces grands objets‖ d’un injuste méprisEn remporter un si haut prix,Eux qu’à peine le monde‖ a crus dignes de vivre,Ta sainte ambition‖ les voudroit égaler,Te régleroit sur eux,‖ et sauroit pour les suivreJusqu’en terre te ravaler.

Tous les abaissements‖ te sembleroient si doux,Qu’en haine des honneurs‖ où ta folie aspire,Tu choisirois plutôt‖ d’être soumis à tous,Que d’avoir sur un seul‖ quelque reste d’empire.Les beaux jours de la vie‖ et les charmes des sens,Pour toi devenus impuissants,Te laisseroient choisir‖ ce mépris en partage :Tu tiendrois à bonheur‖ d’être persécuté,Et tu regarderois‖ comme un grand avantageLe bien de n’être à rien compté.

Si tu pouvois goûter‖ toutes ces vérités,Si jusque dans ton cœur‖ elles étoient empreintes,Tout un siècle de honte‖ et de calamitésNe t’arracheroit pas‖ un seul moment de plaintes :Tu dirois qu’il n’est rien‖ de si laborieuxQue pour un prix si glorieuxIl ne faille accepter,‖ sitôt qu’on le propose,Et que perdre ou gagner‖ le royaume de Dieu,Quoi qu’en jugent tes sens,‖ n’est pas si peu de chose,Qu’il faille y chercher un milieu.

Lève donc l’œil au ciel‖ pour m’y considérer,Vois-y mes saints assis‖ au-dessus du tonnerre,Après tant de tourments‖ soufferts sans murmurer,Après tant de combats‖ qu’ils ont rendus sur terre.Ces illustres vainqueurs‖ des tribulationsGoûtent les consolationsD’une joie assurée‖ et d’un repos sincère :Assis à mes côtés‖ sans trouble et sans effroi,Ils règnent avec moi‖ dans le sein de mon père,Et vivront sans fin avec moi.

Versification

Forme
9 dizains (dizains)
Rimes
9(ababccdede)
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (72 de 12, 18 de 8)· profil 8, 6+6
Strophes
9 dizains
Mots à la rime
a travaux / maux masculine, classiqueb gloire / victoire féminine, classiquec mis / promis masculine, classiqued console / parole féminine, classiquee satisfaits / effets masculine, classiquea lasser / passer masculine, classiqueb suite / réduite féminine, classiquec attirail / travail masculine, classiqued desirée / durée féminine, classiquee grands / temps masculine, classiquea assiduité / fidélité masculine, classiqueb dispense / récompense féminine, classiquec jour / tour masculine, classiqued contraires / salaires féminine, classiquee reflus / plus masculine, classiquea ennuis / nuits masculine, classiqueb connoître / décroître féminine, classiquec épanchement / incessamment masculine, classiqued ineffable / invariable féminine, classiquee assuré / procuré masculine, classiquea m’affranchir / blanchir masculine, classiqueb porte / sorte féminine, classiquec néant / béant masculine, classiqued proie / joie féminine, classiquee anxiété / société masculine, classiquea cieux / yeux masculine, classiqueb éternelle / étincelle féminine, classiquec mépris / prix masculine, classiqued vivre / suivre féminine, classiquee égaler / ravaler masculine, classiquea doux / tous masculine, classiqueb aspire / d’empire féminine, classiquec sens / impuissants masculine, classiqued partage / avantage féminine, classiquee persécuté / compté masculine, classiquea vérités / calamités masculine, classiqueb empreintes / plaintes féminine, classiquec laborieux / glorieux masculine, classiqued propose / chose féminine, classiquee Dieu / milieu masculine, classiquea considérer / murmurer masculine, classiqueb tonnerre / terre féminine, classiquec tribulations / consolations masculine, classiqued sincère / père féminine, classiquee effroi / moi masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.3· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

90 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Imitation De Jésus-Christ, Paris, Librairie de L. Hachette et Cie, 1862· numérisation poesies.net· Sources