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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Imitation De Jésus-Christ, 1656· Livre troisième

Chapitre Xxxii

Qu’il faut renoncer à soi-même et à toutes sortes de convoitises.

Pierre Corneille· strophes variées, alexandrins surtout, 70 vers

Cherche la liberté‖ comme un bonheur suprême ;Mais souviens-toi, mon fils,‖ de cette vérité,Qu’il te faut renoncer‖ tout à fait à toi-même,Ou tu n’obtiendras point‖ d’entière liberté.

Ceux qui pensent ici‖ posséder quelque choseLa possèdent bien moins‖ qu’ils n’en sont possédés,Et ceux dont l’amour-propre‖ en leur faveur disposeSont autant de captifs‖ par eux-mêmes gardés.

Les appétits des sens‖ ne font que des esclaves ;La curiosité‖ comme eux a ses liens,Et les plus grands coureurs‖ ne courent qu’aux entravesQue jettent sous leurs pas‖ les charmes des faux biens.

Ils recherchent partout‖ les douceurs passagèresPlus que ce qui conduit‖ jusqu’à l’éternité ;Et souvent pour tout but‖ ils se font des chimères,Qui n’ont pour fondement‖ que l’instabilité.

Hors ce qui vient de moi,‖ tout passe, tout s’envole ;Tout en son vrai néant‖ aussitôt se résout ;Et pour te dire tout‖ d’une seule parole,Quitte tout, mon enfant,‖ et tu trouveras tout.

Tu trouveras la paix,‖ quittant la convoitise ;C’est ce que fortement‖ il te faut concevoir :Du ciel en ces deux mots‖ la science est comprise ;Qui les pratique entend‖ tout ce qu’il faut savoir.

Oui, leur pratique‖ est ma félicité,Mais, seigneur, d’un seul jour‖ elle n’est pas l’ouvrage,Ni de ces jeux‖ dont la facilitéAmuse des enfants‖ l’esprit foible et volage,Et suit leur imbécillité.

De ces deux mots‖ le précieux effetDemande bien du temps,‖ bien des soins, bien des veilles ;Et ces deux traits‖ forment le grand portraitDe tout ce que le cloître‖ enfante de merveillesDans son état le plus parfait.

Il est vrai, des parfaits‖ c’est la sublime voie ;Mais quand je te la montre,‖ en dois-tu perdre cœur ?Ne dois-tu pas plutôt‖ t’y porter avec joie,Ou du moins soupirer‖ après un tel bonheur ?

Ah ! Si je te voyois‖ en venir à ce terme,Que l’amour-propre en toi‖ fût bien déraciné,Que sous mes volontés‖ tu demeurasses ferme,Et sous celle du père‖ à qui je t’ai donné !

Alors tu me plairois,‖ et le cours de ta vieSeroit d’autant plus doux‖ que tu serois soumis :De mille vrais plaisirs‖ tu la verrois suivie,Et s’écouler en paix‖ entre mille ennemis.

Mais il te reste encore‖ à quitter bien des choses,Que si tu ne me peux‖ résigner tout à fait,Tu n’acquerras jamais‖ ce que tu te proposes,Jamais de tes desirs‖ tu n’obtiendras l’effet.

Veux-tu mettre en ta main‖ la solide richesse ?Achète de la mienne‖ un or tout enflammé :Je veux dire, mon fils,‖ la céleste sagesse,Qui foule aux pieds ces biens‖ dont le monde est charmé.

Préfère ses trésors‖ à l’humaine prudence,À tout ce qu’elle prend‖ pour son plus digne emploi,À tout ce que sur terre‖ il est de complaisance,À tout ce que toi-même‖ en peux avoir pour toi.

Préfère, encore un coup,‖ ce qu’on méprise au mondeÀ tout ce que son choix‖ a le plus ennobli,Puisque cette sagesse‖ en vrais biens si fécondeY traîne dans l’opprobre‖ et presque dans l’oubli.

Elle ne s’enfle point‖ aussi de ces penséesQue la vanité pousse‖ en sa propre faveur,Et voit avec dédain‖ ces ardeurs empresséesDont la soif des honneurs‖ entretient la ferveur.

Beaucoup en font sonner‖ l’estime ambitieuse,Qui montrent par leur vie‖ en faire peu d’état ;Et tu la peux nommer‖ la perle précieuseQui cache à beaucoup d’yeux‖ son véritable éclat.

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
15(abab) 2(ababa)
Mètre
Alexandrins surtout (64 de 12, 4 de 10, 2 de 8)· profil 8, 6+6, 4+6
Strophes
15 quatrains, 2 quintils
Mots à la rime
a suprême / toi-même féminine, classiqueb vérité / liberté masculine, classiquea chose / dispose féminine, classiqueb possédés / gardés masculine, classiquea esclaves / entraves féminine, classiqueb liens / biens masculine, classiquea passagères / chimères féminine, classiqueb l’éternité / l’instabilité masculine, classiquea s’envole / parole féminine, classiqueb résout / tout masculine, classiquea convoitise / comprise féminine, classiqueb concevoir / savoir masculine, classiquea félicité / facilité / imbécillité masculine, classiqueb l’ouvrage / volage féminine, classiquea effet / portrait / parfait masculine, classiqueb veilles / merveilles féminine, classiquea voie / joie féminine, classiqueb cœur / bonheur masculine, classiquea terme / ferme féminine, classiqueb déraciné / donné masculine, classiquea vie / suivie féminine, classiqueb soumis / ennemis masculine, classiquea choses / proposes féminine, classiqueb fait / l’effet masculine, classiquea richesse / sagesse féminine, classiqueb enflammé / charmé masculine, classiquea prudence / complaisance féminine, classiqueb emploi / toi masculine, classiquea monde / féconde féminine, classiqueb ennobli / l’oubli masculine, classiquea pensées / empressées féminine, classiqueb faveur / ferveur masculine, classiquea ambitieuse / précieuse féminine, classiqueb d’état / éclat masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

70 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Imitation De Jésus-Christ, Paris, Librairie de L. Hachette et Cie, 1862· numérisation poesies.net· Sources