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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Imitation De Jésus-Christ, 1656· Livre troisième

Chapitre Xxxix

Que l’homme ne doit point s’attacher avec empressement à ses affaires.

Pierre Corneille· sizains, alexandrins et octosyllabes, 44 vers

« Mon fils, entre mes mains‖ remets toujours ta cause :Je saurai bien de tout‖ ordonner en son temps ;Sans ennui, sans murmure‖ attends que j’en dispose,Et je ferai trouver‖ à tes desirs contentsPlus d’avantage en toute choseQue toi-même tu n’en prétends. »

Je vous remets le tout,‖ seigneur, sans répugnance ;Je vous remets le tout ;‖ et plus j’ose y penser,Plus je vois qu’en effet‖ je ne suis qu’impuissance,Et que tous mes efforts‖ ne peuvent m’avancer.Plût à votre bonté‖ que l’âme peu touchéeDe tout ce qui peut suivre‖ ou tromper son desir,Je la pusse à toute heure‖ offrir bien détachéeAux ordres souverains‖ de votre bon plaisir !

« Mon fils, l’homme est changeant,‖ et souvent il s’emporteAvec empressement‖ vers ce qu’il veut avoir :Tant qu’il ne l’obtient pas,‖ sa passion est forte ;Mais quelque estime enfin‖ qu’il veuille en concevoir,Il en juge d’une autre sorte,Sitôt qu’il est en son pouvoir.

« Dans tout ce qu’il possède‖ il voit moins de mérite ;Une flamme nouvelle‖ éteint le premier feu ;Du propre attachement‖ l’inconstance l’agite ;Un desir fait de l’autre‖ un soudain désaveu,Et ce n’est pas peu qu’on se quitteMême dans les choses de peu.

« C’est l’abnégation,‖ mais sincère et parfaite,Qui peut seule affermir‖ son instabilité :Qui se bannit de soi‖ trouve en moi sa retraite ;L’esclavage qu’il prend‖ devient sa liberté,Et dans la perte qu’il a faiteIl rencontre sa sûreté.

« Mais ce vieil ennemi‖ de la nature humaineDe tes meilleurs desseins‖ cherche à gâter le fruit ;Et tout impatient‖ de renouer ta chaîne,Pour rétablir en toi‖ son empire détruit,Il tient les ruses de sa haineEn embuscade jour et nuit.

« Il étale à tes sens‖ des douceurs sans pareilles,Qu’eux-mêmes prennent soin‖ de te faire goûter ;Il cache tous ses lacs‖ sous de fausses merveilles,Pour voir si par surprise‖ il t’y pourra jeter ;Et sans l’oraison et les veillesTu ne les saurois éviter. »

Versification

Forme
Sizains
Rimes
6(ababab) 1(ababcdcd)
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (32 de 12, 12 de 8)· profil 8, 6+6
Strophes
6 sizains, 1 huitain
Mots à la rime
a cause / dispose / chose féminine, classiqueb temps / contents / prétends masculine, classiquea répugnance / qu’impuissance féminine, classiqueb penser / m’avancer masculine, classiquec touchée / détachée féminine, classiqued desir / plaisir masculine, classiquea s’emporte / forte / sorte féminine, classiqueb avoir / concevoir / pouvoir masculine, classiquea mérite / l’agite / quitte féminine, classiqueb feu / désaveu / peu masculine, classiquea parfaite / retraite / faite féminine, classiqueb instabilité / liberté / sûreté masculine, classiquea humaine / chaîne / haine féminine, classiqueb fruit / détruit / nuit masculine, classiquea pareilles / merveilles / veilles féminine, classiqueb goûter / jeter / éviter masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Imitation De Jésus-Christ, Paris, Librairie de L. Hachette et Cie, 1862· numérisation poesies.net· Sources