Le Coffret De Santal, 1879· Chansons perpétuelles
Chanson de route arya
Fiers sur nos chevaux,‖ tribu souverainePoussons devant nous‖ les troupeaux bêlants,Les bœufs mugissants.‖ Que chacun emmène,Enlacée à lui‖ de ses beaux bras blancs,L’amoureuse. Car‖ la halte est prochaine.
Partis du pays‖ des hauts pics neigeux,Des vallons mouillés‖ par les sources vives,Nous en emportons‖ les rires, les jeux,Les frais souvenirs,‖ sans chansons plaintives.Aux pays nouveaux‖ nous trouverons mieux.
Esclaves, hâtez‖ la marche endormanteDes troupeaux. L’agneau‖ sait téter alorsQue la brebis court‖ en broutant la menthe.De vos aiguillons‖ piquez les bœufs forts,Les bœufs paresseux‖ que le taon tourmente.
Mais on ralentit‖ l’allure, à traversLes bois ; on descend‖ de cheval ; et, blanches,Nos filles s’en,vont‖ dans les buissons verts,Les cheveux au vent,‖ écartant les branches,Cherchant avec nous‖ des chemins ouverts.
Posant leurs pieds blancs‖ sur les feuilles sèches,Elles font tinter‖ autour de leurs cousEt sur leurs beaux seins,‖ doux comme les pêches,L’or et l’argent fins,‖ sonores bijoux.Ainsi nous marchons‖ dans les forêts fraîches.
Voici l’aube. Allons !‖ Assez de sommeil !N’attendons pas ceux‖ qui sont lents à suivre,Voici que le jour‖ s’est levé vermeil.Nous vaincrons les nains‖ d’ébène ou de cuivreDans les beaux pays‖ chauffés du soleil.
Et les nains, sachant‖ nos cœurs indomptables,Seront conducteurs‖ et graisseurs tremblantsDe nos chariots,‖ nettoyeurs d’étables,Pour garder vos doigts‖ rosés, vos bras blancsFilles de sang pur,‖ aux yeux désirables.
Aux peuples soumis,‖ à terre ployésLes soins du labour‖ et du pâturage,Nous sur les hauteurs‖ et dans les halliersConsultant le vent,‖ les bruits du feuillage,Combattons les loups‖ et les sangliers.
Laissons les troupeaux‖ brouter dans la plaine.Ne tuez jamais‖ les douces brebis,Car nous leur prenons‖ le lait et la laine.La vache offre aussi‖ le lait de ses pis.Réjouissons-nous‖ quand la vache est pleine.
Le lait rend joyeux‖ les roses enfantsQui font oublier‖ la pensée amère.Du lait nous faisons‖ les fromages blancs,Piquants, bons avec‖ le vin et la bière.Ne tuez jamais‖ la vache aux beaux flancs.
Les bœufs mugissants‖ ont la lente allureQui laisse dormir‖ dans les chariotsNos enfants, parmi‖ la chaude fourrure.Respectez les bœufs,‖ aussi les taureauxFécondeurs jaloux,‖ puissants d’encolure.
Le soir nous rentrons‖ de la chasse, fiersDu gibier conquis.‖ Le chevreuil, le lièvre,Le sanglier noir,‖ odorantes chairsEt les tourdes gras,‖ nourris de genièvreRôtissent, fumants,‖ devant les feux clairs.
Les femmes alors‖ nous montrent contentesLa laine et le lin‖ qu’elles ont filés,Pendant que jouaient,‖ à l’ombre des tentes,Les enfants bruyants,‖ aux yeux éveillésSous le buisson roux‖ des boucles flottantes.
Aux repas du soir,‖ avant le repos,Alors que sont cuits‖ les lièvres, les tourdes,Quand la bière d’or‖ mousse dans les pots,Quand le vin vermeil‖ sonne dans les gourdes,On chante les faits‖ des anciens héros.
La lueur des feux,‖ les rayons de luneÉclairent, la nuit,‖ vos souples contours,Filles de sang pur.‖ Ô vous, que chacuneA chacun de nous‖ donne ses amours,Et livre son corps‖ blanc, dans la nuit brune.
Il fait mal celui‖ qui, loin des amisSe glisse, oublieux‖ de nos lois hautaines,Sous les chariots‖ où sont endormisNos fils purs, et va,‖ la nuit vers les nainesFilles sans beauté‖ des peuples soumis.
De là, lis enfants‖ mêlés, détestables,Serviteurs mauvais‖ de nos enfants purs,Qui, multipliés‖ ainsi que les sablesFeront révolter,‖ dans les jours futurs,Les peuples soumis,‖ nettoyeurs d’étables.
Donc, il faut chasser‖ les instincts troublantsEt laisser entre eux‖ s’unir les esclaves,Graisseurs des moyeux,‖ piqueurs des bœufs lents,Tandis que, le soir,‖ nos filles suavesS’enlacent à nous‖ de leurs beaux bras blancs.
En route, à cheval,‖ tribu souveraine,Héros descendus‖ des hauts pics neigeux ;Filles aux pieds blancs‖ que chacun emmène !Nous retrouverons‖ les rires, les jeux,Et l’amour ce soir ;‖ la halte est prochaine.
Versification
- Forme
- 19 quintils (quintils)
- Rimes
- 19(ababa)
- Mètre
- Décasyllabes· profil 5+5
- Strophes
- 19 quintils
- Mots à la rime
- a souveraine / emmène / prochaine féminine, classiqueb bêlants / blancs masculine, classiquea neigeux / jeux / mieux masculine, classiqueb vives / plaintives féminine, classiquea endormante / menthe / tourmente féminine, classiqueb alors / forts masculine, classiquea travers / verts / ouverts masculine, classiqueb blanches / branches féminine, classiquea sèches / pêches / fraîches féminine, classiqueb cous / bijoux masculine, classiquea sommeil / vermeil / soleil masculine, classiqueb suivre / cuivre féminine, classiquea indomptables / d’étables / désirables féminine, classiqueb tremblants / blancs masculine, classiquea ployés / halliers / sangliers masculine, classiqueb pâturage / feuillage féminine, classiquea plaine / laine / pleine féminine, classiqueb brebis / pis masculine, classiquea enfants / blancs / flancs masculine, classiqueb amère / bière féminine, classiquea allure / fourrure / d’encolure féminine, classiqueb chariots / taureaux masculine, classiquea fiers / chairs / clairs masculine, classiqueb lièvre / genièvre féminine, classiquea contentes / tentes / flottantes féminine, classiqueb filés / éveillés masculine, classiquea repos / pots / héros masculine, classiqueb tourdes / gourdes féminine, classiquea lune / chacune / brune féminine, classiqueb contours / amours masculine, classiquea amis / endormis / soumis masculine, classiqueb hautaines / naines féminine, classiquea détestables / sables / d’étables féminine, classiqueb purs / futurs masculine, classiquea troublants / lents / blancs masculine, classiqueb esclaves / suaves féminine, classiqueb neigeux / jeux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
95 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Coffret De Santal, Paris, TRESSE ÉDITEUR, 1879· numérisation poesies.net· Sources