Poésies, 1896· Visions divines
L’orient
Dans le clair Orient,‖ que la lumière inonde,Près des limpides flots‖ et des déserts de feu,Sous l'insondable ciel‖ étincelant et bleu,Fleurit, naïve encor,‖ la jeunesse du monde.
Là, dans l'enchantement‖ des vivantes couleurs,L'Humanité s'attarde‖ au sein d'un calme rêve,Car, du haut des autels,‖ ses dieux veillent sans trêve,Pour accueillir ses vœux‖ et charmer ses douleurs.
Dans l'espace enflammé,‖ les horizons mystiquesS'y déroulent sans fin‖ parmi les rayons d'or.Nul clairvoyant regard‖ n'y peut sonder encorLe sublime néant‖ des visions antiques.
Le brahmane, approchant‖ du Gange vénéré,S'incline en sa ferveur‖ que nul doute n'altère ;L'Arabe, balancé‖ par le lent dromadaire,Du prophète, à mi-voix,‖ redit le nom sacré.
Sous les saints oliviers,‖ le chrétien de SyrieÉvoque de Jésus‖ le doux spectre sanglant,Et rêve qu'il effleure‖ en son baiser tremblantLes pieds qu'ont arrosés‖ les larmes de Marie.
Et d'infinis essaims‖ de cœurs emplis de foi,Ayant pour but l'amour‖ et pour vertu l'aumône,De l'aride Thibet‖ aux bords du fleuve Jaune,Serviteurs de Bouddha,‖ suivent sa pure loi.
De leurs ardents espoirs‖ ignorant la folie,Ces peuples confiants,‖ sans crainte et sans remord,Ayant rempli leurs jours,‖ s'endorment dans la mortSans avoir éprouvé‖ notre mélancolie.
Dans l'avenir obscur,‖ fermé d'un triple sceau,Ils goûteront les biens‖ que notre cœur jalouse :L'orgueil des fils nombreux,‖ la douceur de l'épouse,Tous les simples bonheurs‖ du monde à son berceau.
Affermis pour longtemps‖ sur ces supports augustesQue nos mains ont brisés‖ sans trouver d'autre appui,Et dédaignant le mal‖ qui nous trouble aujourd'hui,Ils resteront croyants,‖ paisibles, fiers et justes.
Pour nous, près de trouver‖ le vide sous nos pas,Nous avons trop détruit‖ sans bâtir assez vite.D'amers pressentiments,‖ que nul esprit n'évite,A nos espoirs hautains‖ livrent d'obscurs combats.
Et nous prêtons parfois,‖ aux heures de ténèbres,Une oreille inquiète‖ aux lointains craquementsDont le bruit, sourd encor,‖ monte des fondementsDe nos États vieillis,‖ en des échos funèbres.
Crédules héritiers‖ de l'humble et saint devoir,Vous qui des dieux anciens‖ ne touchez point les voiles,Vivez, vivez heureux‖ sous vos cieux pleins d'étoiles !Vos rêves sont meilleurs‖ que notre âpre savoir.
Nul ne sait quel triomphe‖ à vos âmes candides,Pour tant de patience,‖ est peut-être promis.Poursuivez donc en paix‖ sous les astres amisVotre songe éternel,‖ au bord des mers splendides.
Versification
- Forme
- 13 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 13(abba)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 13 quatrains
- Mots à la rime
- a inonde / monde féminine, classiqueb feu / bleu masculine, classiquea couleurs / douleurs masculine, classiqueb rêve / trêve féminine, classiquea mystiques / antiques féminine, classiqueb d'or / encor masculine, classiquea vénéré / sacré masculine, classiqueb n'altère / dromadaire féminine, classiquea Syrie / Marie féminine, classiqueb sanglant / tremblant masculine, classiquea foi / loi masculine, classiqueb l'aumône / Jaune féminine, classiquea folie / mélancolie féminine, classiqueb remord / mort masculine, classiquea sceau / berceau masculine, classiqueb jalouse / l'épouse féminine, classiquea augustes / justes féminine, classiqueb appui / aujourd'hui masculine, classiquea pas / combats masculine, classiqueb vite / n'évite féminine, classiquea ténèbres / funèbres féminine, classiqueb craquements / fondements masculine, classiquea devoir / savoir masculine, classiqueb voiles / d'étoiles féminine, classiquea candides / splendides féminine, classiqueb promis / amis masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.7· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après poésies, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1986· numérisation Project Gutenberg· Sources