Poésies, 1896· Paroles d’amour
Pourquoi je l’ai aimé
Pourquoi donc l'ai-je aimé ?‖ C'est très étrange à dire.O mon cœur, réponds, toi !‖ Pourquoi donc l'ai-je aimé ?Tu sortais cependant‖ d'un bien affreux martyre ;Je te croyais fermé.
Ton sang avait coulé‖ bien longtemps goutte à goutte ;Des pleurs, des pleurs cruels‖ avaient terni mes yeux.Ah ! s'il avait souffert,‖ je comprendrais sans doute,Mais il semblait heureux.
Ce n'est pas la douleur‖ qui joignit nos deux âmes,On ne la lisait pas‖ dans ses regards de feu ;Il était fier et fort,‖ et les chagrins des femmesL'irritaient quelque peu.
L'amour, pour lui, n'est pas‖ le dieu qui nous tourmente :C'est un enfant joyeux‖ jouant sur son chemin ;Il se penche, et lui rit…‖ C'est une fleur charmanteQui se fane en sa main.
Une chose pourtant‖ lui paraissait amère,C'est que la fleur d'un jour,‖ détruite sans pitié,Portât si rarement‖ sur sa tige éphémèreLe fruit de l'amitié.
Et j'ai cru deviner‖ que dans la solitudeLe plus hardi marcheur‖ à la fin devient las :Ce n'était point l'amour,‖ mais la sollicitudeQui manquait à ses pas.
L'amour… il en savait‖ l'ivresse ardente et brève,Le secret égoïsme‖ et les transports jaloux ;Peut-être, malgré lui,‖ nourrissait-il un rêvePlus profond et plus doux.
Lorsque je pressentis‖ cette vague détresseDans un être si fort‖ et si maître de soi,J'eus l'éblouissement‖ d'une immense tendresseMontant soudain en moi.
Présenter à sa soif‖ la coupe intarissable,Être son ombre fraîche‖ et son moment d'oubli,Voir en cette âme haute‖ avec ce grain de sableL'équilibre établi ;
Être mieux que sa sœur‖ et mieux que sa maîtresse ;Être le souvenir‖ qu'il berce en souriantQuand luira sur son front‖ l'éclatante tristesseDu ciel de l'Orient :
Voilà l'ambition‖ douce et passionnéeQu'ont fait naître en mon cœur‖ ses beaux yeux inconstants.Et lorsque de l'aimer‖ je me suis étonnée,Il n'en était plus temps.
Versification
- Forme
- 11 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 11(abab)
- Mètre
- Alexandrins et hexasyllabes (33 de 12, 11 de 6)· profil 6, 6+6
- Strophes
- 11 quatrains
- Mots à la rime
- a dire / martyre féminine, classiqueb aimé / fermé masculine, classiquea goutte / doute féminine, classiqueb yeux / heureux masculine, classiquea âmes / femmes féminine, classiqueb feu / peu masculine, classiquea tourmente / charmante féminine, classiqueb chemin / main masculine, classiquea amère / éphémère féminine, classiqueb pitié / l'amitié masculine, classiquea solitude / sollicitude féminine, classiqueb las / pas masculine, classiquea brève / rêve féminine, classiqueb jaloux / doux masculine, classiquea détresse / tendresse féminine, classiqueb soi / moi masculine, classiquea intarissable / sable féminine, classiqueb d'oubli / établi masculine, classiquea maîtresse / tristesse féminine, classiqueb souriant / l'Orient masculine, classiquea passionnée / étonnée féminine, classiqueb inconstants / temps masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après poésies, PARIS, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1986· numérisation Project Gutenberg· Sources