L’astronomie, 1830
Chant quatrième
Histoire de l’astronomie moderne. — Les Arabes. — Tables d’Alphonse X, roi de Castille. — Découvertes géographiques. — Christophe Colomb. — Les Portugais. — Constellations australes — Les antipodes. — Les Péruviens. — Les sauvages d’Amérique. — Système de Copernic. — Ticho-Brahé — Kepler. — Galilée, ses découvertes,sa condamnation. — Descartes. — Gassendi. — Huygens. — Dominique Cassini — — Rœmer. — Halley, son voyage à Sainte-Hélène. — Newton.
PALAIS des Pharaons, ouvrez-moi vos portiques !Tombeaux, tables d’Isis, et vous, marbres antiques,Où le ciseau savant traça l’ordre des cieux,Des temps qui ne sont plus témoins silencieux,Nous direz-vous un jour quelle source premièreSur ce monde engourdi fit jaillir la lumière ?Des bienfaiteurs du globe à qui les arts sont dusRetrouverai-je en vous les vestiges perdus ?De leurs premiers travaux quelle terre s’honore ?Soit qu’ils cachent leur source aux lieux où naît l’aurore,Soit que l’onde du Nil ait porté leur berceau,L’Égypte a dans son sein rallumé leur flambeau.Errant des murs de Thèbe à l’indien rivage,L’Arabe a recueilli ce brillant héritage.Califes conquérants et savants couronnés,Consolant par les arts leurs peuples étonnés,Almanzor, Aaron, voient l’Europe soumiseChanter la double gloire à leurs règnes promise ;Et par quelques écrits, glorieuse rançon,Les Grecs payent la paix que leur donne Almamon.Des princes d’occident un seul suit cet exemple,Fait recueillir les lois des astres qu’il contemple,Et les tables d’Alphonse illustrent à la foisAbensid leur auteur, la Castille et ses rois.Mais un siècle naissait, où l’essor du génieAllait ouvrir à l’homme une route infinie.Il semble que le sort dans le cercle des ansAssigne à nos travaux quelques heureux moments.Après un long sommeil, l’esprit humain s’élance,Il renverse l’obstacle, il franchit la distance,Il invente, et pour prix de ses nobles transports,La gloire quelquefois sourit à ses efforts.Honorable toujours, avec un but utile,Le travail assidu rarement est stérile.Mais lorsque la nature à nos yeux indiscretsA laissé pénétrer quelques nouveaux secrets,Qui peut dans l’avenir en prévoir tout l’usage ?Ainsi quand le hasard, favorisant un sage,Vint lui montrer le fer, mystérieux amant,Par un charme invincible attiré vers l’aimant,Vit-il dans ce jouet, vit-il dans le prodigeDe ce mobile acier que le pôle dirige,L’essor audacieux d’un conquérant hardi,La mer d’Atlas soumise et le monde agrandi ?Mais depuis qu’heureux don d’une main inconnue,L’aiguille d’Amalfi vint étonner la vue,Qui voudrait affronter, dans un frêle vaisseau,Sur la foi d’un tel guide, un Océan nouveau ?Si les monts de Calpé sont les bornes du monde,Où finit cette mer ? et, si la terre est ronde,Comment peuvent marcher, renversés dans les airs,D’autres mortels bannis dans un autre univers ?Vains doutes de l’esprit, préjugés du vieil âge,Vous n’arrêterez pas un généreux courage.Ferme dans ses desseins, les yeux vers l’occident,Colomb s’est élancé sur l’abîme grondant.L’horizon fuit ; la mer, se courbant sous ses voiles,Retarde chaque jour le coucher des étoiles.Point de bords, plus d’espoir, les vents sont déchaînés.Entendez-vous les cris des soldats mutinés ?Les cieux sont obscurcis, l’aiguille est infidèle.« N’importe : à l’occident ! l’occident nous appelle ;Nos yeux verront des bords et des astres nouveaux. »Il dit, le jour renaît, un monde sort des eaux.Par-delà l’équateur et la zone brûlante,Deux continents aigus dans l’onde turbulenteS’avancent, et les flots, par ces caps divisés,Offrent vers l’orient deux chemins opposés.Gama des Portugais y conduit la vaillance.Sur un autre océan le Castillan s’élance,Et, surpris l’un de l’autre, ils se sont rencontrésAux rives où le Gange épand ses flots sacrés.Que ces enfants du Tage ont bravé de tempêtes !Que de cieux inconnus ont brillé sur leurs têtes !Tandis que le Bouvier et le pôle abaisséOnt fui sous l’horizon avec le Char glacé ;Tandis que le Dragon, qui ceint l’axe du monde,Pour la première fois a disparu dans l’onde,S’élève un autre pôle où le Poisson ailéDisperse les rayons de son corps étoilé :La colombe y redit ses amours innocentes.Déployant l’appareil de ses voiles brillantes,Sous le tropique ardent fuit le vaisseau d’Argus,Qui reconnaît encor la main de Canopus.Là du caméléon se fixe enfin l’image.L’oiseau cher à Junon étale son plumage.Deux nuages légers flottent parmi ces feux.La grue y vole auprès du phénix fabuleux,Et l’hydre a déroulé ses écailles dorées.C’est à vous, conquérants de ces mers ignorées,C’est à vous de nommer tous ces astres nouveaux.Ce mont vit la tempête arrêter vos vaisseaux ;Qu’il aille dans les cieux publier vos conquêtes,Et que la croix du sud y protège vos têtes.Vainqueurs de l’Océan, Diaz, Vasco, Nugnez,Andrada, Magellan, intrépide Perez,Quand vous fendez ces flots témoins de votre gloire,L’Europe est sous vos pieds et n’ose encor le croire.Et vous, Cortez, Pizare, heureux navigateurs,Des enfants du soleil rapides destructeurs,Dites-nous, quand ce bord reçut vos nefs avares,Les arts qu’à leurs vainqueurs apprirent ces barbares.Ces princes du Potose, illustres par leurs lois,Adoraient leur ayeul dans le père des mois.Un temple qu’entouraient douze nobles demeuresOffrait aux yeux le cours des saisons et des heures.À douze mois égaux ils savaient ajouterLes cinq jours que Memphis nous apprit à compter.Au pied d’une colonne un savant édificeForçait l’ombre incertaine à marquer le solstice.Mais, si l’astre des nuits s’éclipsait dans les cieux,Tout ce peuple craignait que la lune à ses yeuxNe se précipitât du haut de sa carrière ;Et par des hurlements rappelait la lumière.L’Asie eût retrouvé dans cet autre universSes emblèmes, ses arts, ses préjugés divers.Lorsque l’Européen, jusque chez les sauvages,Dans ce monde inconnu vint porter ses ravages,Oh ! quel étonnement ! il vit l’homme nouveauNommer en les montrant et l’Ourse et le Taureau !Ces noms capricieux qu’il ne saurait comprendre,Au fond de ces déserts où put-il les apprendre ?Mais, nous-mêmes, de qui les avons-nous reçus ?Le Nil, l’Euphrate, l’Inde, ont instruit l’Ilissus.Faut-il aller plus loin ? et la science encoreEst-elle le bienfait d’un peuple qu’on ignore ?Ils vont briller ces jours à sa gloire promis :Fidèle au saint dépôt par l’Égypte transmis,L’Europe expliquera, par la suite des âges,Ce que d’un œil timide entrevirent les sages.L’homme a franchi les mers ; au midi parvenu,Ses regards ont erré sous un ciel inconnu.Notre globe exploré, suspendu dans l’espace,A révélé sa forme, et va changer de place.L’astrolabe, l’aimant, le tube ingénieux,Livrent le monde à l’homme et rapprochent les cieux ;L’art d’Euclide au compas, dans sa marche assurée,Soumet le mouvement, l’espace, la durée,Et bientôt tout le ciel suit de nouvelles lois.Dans les siècles passés déjà plus d’une voix,Proclamant les destins du Dieu qui nous éclaire,Avait marqué sa place au centre de la sphère.Mais quand la vérité trouve un facile accès,Le préjugé l’attend pour troubler ses succès.Faiblement aperçue et sans preuve annoncée,Reproduite vingt fois et vingt fois repoussée,Son destin est celui des astres qu’en leur coursNotre œil ne reconnaît qu’après de longs retours.Vers le pôle du nord, dans ces plaines fécondesOù la lente Vistule épand ses froides ondes,Un sage, l’œil fixé sur ces globes errants,Observait de leur cours les aspects différents.Il voyait Jupiter, Mars, et l’époux de RhéeD’un vol capricieux traverser l’Empyrée,S’avancer, hésiter, suspendre leur essor,Revenir sur leur route et la reprendre encor.Quel désordre, dit-il, constant, inexplicable,Égare ces trois corps dans leur marche semblable.Les étoiles sans cesse accomplissent leur tour ;L’écharpe de Vénus enceint le dieu du jour ;La déesse des nuits, paisible et solitaire,Chaque mois de son orbe enveloppe la terre ;Et ces autres flambeaux, incertains dans leur cours,À des instants marqués l’interrompent toujours !Est-ce une loi secrète à ces corps imposée ?Est-ce une illusion de la vue abusée ?Oh ! qui pénétrera ce mystère des cieux !Et comment démentir ce qu’attestent mes yeux ?C’en est fait ; ce problème, où sa gloire est placée,Trente ans de Copernic assiège la pensée.Pour lui plus de repos ; son bonheur, son destinEst d’affranchir du doute un esprit incertain.Il demande à la nuit ce secret qu’il ignore,Et le jour se consume à le chercher encore.Müller est des Germains l’oracle révéré ;Par l’ardent Copernic Müller est imploré.Maria de Bologne illustre les Portiques,Et Copernic descend des Alpes helvétiques.Oh ! tant qu’il restera de ces cœurs généreux,Des nobles vérités saintement amoureux,Ils sauront quelle force à notre âme charméeDonne le juste espoir de quelque renommée :Mais pourront-ils jamais nous peindre leurs transportsCeux à qui la science ouvre enfin ses trésors ;Ceux qu’enivre la joie et la gloire fécondeD’expliquer la nature et d’éclairer le monde ?Copernic, quel bonheur, lorsqu’un rayon divinT’apporta les clartés qui te fuyaient en vain !Plus éloignés que nous du dieu de la lumière,D’un pas toujours égal poursuivant leur carrière,Mars, Jupiter, Saturne à la voûte des cieuxNe ralentissent point leur cours silencieux.Par-delà le soleil quand leur sphère s’élance,Plus bornée en son cours la nôtre la devance.Par un rapide essor dans l’espace entraînés,Aux erreurs de nos sens nous sommes condamnés.Lois, mouvements, rapports, pour nous tout se complique ;Observé du soleil, tout est simple et s’explique.Il est donc vrai, tu tiens dans tes heureuses mainsLe flambeau désormais seul guide des humains !Tu brises tous ces cieux de métal ou de verre :Copernic a fixé les destins de la terre.Qu’immobile à présent et remis dans ses droitsLe soleil nous dispense et ses feux et ses lois ;Que les globes errants, que la terre elle-même,Composent un cortège au monarque suprême,Et, n’assignant qu’un centre à leurs orbes divers,Qu’une loi générale explique l’univers.Puissante vérité, tu vas enfin nous luire !Ardent à te chercher, mais lent à te produire,Le sage dont la main a fait briller tes traits,Feint de douter encor et voile tes attraits.La presse te révèle à la terre étonnée.Ô néant ! Copernic ! dans la même journée,Il s’est éteint ! la mort l’enlève aux nations,À la gloire, et peut-être aux persécutions.Le fanatisme ardent, l’ignorance profondeAuraient-ils épargné l’architecte du monde,Lorsque son successeur, digne d’être après luiL’héritier de sa gloire et son plus ferme appui,Autour du globe obscur que son erreur protègeLance encor le soleil et son brillant cortège ?Ô faiblesse ! et pourtant sur ces astres diversTicho dès son enfance avait les yeux ouverts.Espoir de la science, honneur de la Scanie,Sa main dédie un temple au culte d’Uranie ;D’instruments qu’il invente il aime à le parer,Et des rois courtisans l’y viennent honorer.Heureux le citoyen digne d’un tel hommage !Et plus heureux les rois qui cultivent le sage !Ce titre vénéré Ticho l’eût mérité,S’il eût pour elle-même aimé la vérité.Mais de son précurseur la gloire créatriceL’importune ; il promet d’en saper l’édifice :Et ce grand monument, au lieu de s’écrouler,Repoussera la main qui le veut ébranler.Pour sonder l’univers d’un œil sûr et rapide,C’est peu d’être savant dans les règles d’Euclide ;Le ciel reste muet aux esprits assiégésDe superstitions et de vains préjugés.L’observer est un art, y lire est le génie :Ticho n’atteignit point cette gloire infinie.Épris de l’art qui cherche aux lambris étoilésLes arrêts du destin à tous les yeux voilés,Philosophe timide et savant véritable,Il prodigue à l’erreur un zèle infatigable.Daignez lui pardonner, chastes filles du ciel !Des abeilles du Pinde il savoura le miel ;Amant de la science et de la solitude,Il confia trente ans son bonheur à l’étude :Il aima l’art des vers. Persécuté, banni,En fuyant sa retraite il fut assez puni.À contempler des cieux les savantes merveilles,Nul n’a depuis Hipparque employé tant de veilles.Accordez-lui de voir l’auguste vérité ;Qu’il soumette au compas le rayon réfracté ;Que sa main par-delà les orbes des planètesAux profondeurs des cieux repousse les comètes.Vous l’exaucez : déjà semble naître pour luiUn astre qui jamais aux humains n’avait lui ;Leurs yeux depuis mille ans ont compté les étoiles,C’est en vain : de la nuit perçant les sombres voiles,Celle-ci tout-à-coup prend son rang dans les cieux,Et de l’heureux Ticho vient étonner les yeux.Blanche comme Vénus, à Jupiter égale,De l’ardent Procyon éclatante rivale,Elle brille à la place où vers l’astre du nordLe père d’Andromède étend son sceptre d’or.Ô bonheur ! ô du ciel faveur inattendue !A l’Hipparque nouveau cette étoile était due.Sans doute l’un à l’autre attachés désormais,Et son astre et son nom vont briller à jamais.Fragile espoir ! à peine au terme de l’annéeOù l’astre s’est levé sur la terre étonnée,Il fuit, décroît, pâlit, s’éteint pour tous les yeux,Et sans changer de place il se perd dans les cieux.Console-toi, Ticho ! protégeant ta mémoire,Tes disciples savants suffisent à ta gloire ;Ton étoile n’est plus, mais un astre plus cher,Nous guide dans les cieux, et cet astre est Kepler.Disciple indépendant, vaste et puissant génie,Kepler a pénétré les secrets d’Uranie.Philosophe hardi, mais sage observateur,Son esprit entrevoit le principe moteurQui semble animer tout, traverse les espaces,Et des mondes divers précipite les masses.Moins du centre commun chacun s’est écarté,Plus il franchit les cieux d’un vol précipité ;Et si l’éloignement règle leur course immense,Leur vitesse à son tour vous dira leur distance.Les corps dont le soleil est le centre et l’appui,Dans un orbe allongé, roulent autour de lui ;Il tourne sur lui-même, et ces sphères énormes,Les révolutions que trahissent leurs formes,Leur vitesse, leur cours circulaire autrefois,Kepler, l’heureux Kepler en a dicté les lois.Heureux ! ah ! qu’ai-je dit ? Souffrant, dans la misère,Ses enfants déploraient les travaux de leur père :Son siècle fut ingrat ; mais dans la pauvretéIl parvint à la gloire, et vit la vérité .Cette ardeur inquiète et jamais assouvie,Besoin de notre esprit, élément de la vie,Par qui l’homme a connu ce monde fait pour lui,Est un jour bienfaisant qui du ciel nous a lui.Source de tous les biens, charme de l’existence,C’est notre activité qui fait notre puissance.Qui sait l’encourager en bénit les effets,Et les nouveaux besoins sont déjà des bienfaits.Par eux sont rapprochés l’un et l’autre hémisphère ;Même en se combattant le genre humain s’éclaire.Dans sa course égaré, quelquefois sur ses pas,L’homme rencontre un bien qu’il ne soupçonnait pas.Des voyageurs campaient aux plaines d’Idumée,De leur foyer s’écoule une lave enflammée :La fougère, le nitre et le sable fondusAvaient produit le verre à leurs yeux confondus.Sidon bientôt reçoit leur brillante conquête ;Rome de ses palais en décore le faîte.Le cristal protecteur, dans nos âpres climats,Sans repousser le jour écarte les frimas ;Ou, d’un métal opaque opposant la barrière,Sa surface polie arrête la lumière,Et, renvoyant à l’œil de fidèles reflets,Dans ces tableaux vivants nous peint tous les objets,Venise produira ces merveilles fragilesOrnement des palais, et luxe de nos villes.Un art plus secourable à Florence inventéDans nos yeux presque éteints ramène la clarté.Enfin chez le Batave un jouet de l’enfanceDes cristaux combinés révèle la puissance ;Et Galilée, armé du tube audacieux,Livre à l’homme étonné la conquête des cieux.Phénomènes nouveaux, secrets de la nature,Des mondes mal connus dites-lui la structure ;Présentez-vous en foule à ses yeux plus parfaits ;Que son bonheur, sa gloire, égalent ses bienfaits.Déjà depuis long-temps par lui fut mesuréeDes corps abandonnés la chute accélérée.Des lampes qui veillaient sous le dôme pieuxLes longs balancements ont attiré ses yeux.Il les voit, décrivant une courbe inégale,Revenir constamment dans le même intervalle :Le pendule est trouvé pour compter les instants,Et pour servir de guide à l’aiguille du temps.Le sage, de Phœbé parcourant les campagnes,Y découvre des mers, des vallons, des montagnes ;De la blanche Vénus le disque éblouissantA des phases soumis se recourbe en croissant ;Dans les feux du soleil des gouffres véritables,De sa rotation témoins irrécusables,Pour la première fois étonnent ses regards.Des astres inconnus brillent de toutes parts.Ô prodige ! entouré d’un diadème énorme,Saturne est apparu sous une triple forme ;Et quatre astres légers, aux plaines de l’éther,Dans sa marche rapide escortent Jupiter.Mais quoi ! si Jupiter, Mars, Saturne et Mercure,Au dieu qui leur départ sa lumière si pure,Rendant comme Vénus un hommage éclatant,Tournent autour de lui dans un ordre constant,Aux loix de l’univers notre globe indocileSeul, doit-il s’arrêter sur son axe immobile ?Non, à la vérité ne fermons point les yeux :Copernic nous la montre écrite dans les cieux.Ainsi pour son malheur a parlé Galilée.La superstition à sa voix s’est troublée.Qu’il périsse l’impie ! En vain soixante hiversOnt respecté sa tête, il recevra des fers.Sous une voûte antique, où des flambeaux funèbresDispersent leurs rayons dans l’horreur des ténèbres,Parmi les fouets, la roue et les pointes d’acier,La tenaille mordante et les feux du brasier,Sur l’autel qu’entourait l’appareil des tortures,Un livre était ouvert, formidable aux parjures.C’est là dans ce tombeau que, nouveaux Anytus,Sept prêtres à l’œil sombre et de pourpre vêtus,En présence du Dieu dont ce monde est l’ouvrage,De leurs propres erreurs viennent punir un sage.Ils attestent ce Dieu prêt à les démentir ;Leur voix au philosophe ordonne de mentir.Le front dans la poussière, il reçoit sa sentence.Le cilice, les fers, l’austère pénitence,Les larmes et le sang laveront-ils jamaisDe sa témérité les coupables succès ?Plus d’espoir, à genoux sur la pierre sanglante,Qu’il expire à l’instant, si sa main défaillante,Déchirant ses écrits sur cet autel sacré,Ne désarme ce ciel dont il fut inspiré.La torture, à ce prix, lui laisse quelque trêve.Le vieillard se soumet ; il signe, se relève,Frappe du pied la terre, et, les glaçant d’effroi :« Non, dit-il, elle tourne, et vous tous avec moi ! »Après six ans comptés dans une nuit profonde,L’exil accueillera le bienfaiteur du monde.Quel exil ! les humains sont ingrats, mais ce ciel,Objet de tout son culte, est-il donc plus cruel ?A ses yeux si perçants la lumière est ravie.Tel autrefois, dit-on, le savant Tirésie,Pour avoir osé lire aux mystères des dieux,Vieillit errant, privé de la clarté des cieux,Tandis que les mortels, frappés de ses miracles,À son urne, après lui, demandaient des oracles.Tel et plus grand encor Galilée au tombeauDu siècle qui l’opprime est le vivant flambeau,Vainqueur des préjugés que Rome déifie.Paraissez, défenseurs de la philosophie,Descartes, Gassendi ; venez, qu’à votre voixLa raison s’affranchisse et reprenne ses droits.Simple, austère et nourri des leçons d’Épicure,L’un d’un œil pénétrant contemple la nature ;L’autre, non moins savant, mais plus audacieux,Reconstruit l’univers, agite tous les cieux,Imagine en poète, et sait douter en sage :Heureux si son génie eût douté davantage !Il entraîne son siècle. Étrangers ses rivaux,D’un pas mieux assuré poursuivez ses travaux.Huygens, donne au long tube une force nouvelle,Suspends le balancier à l’horloge fidèle ;Pour prix de tes travaux, que Saturne à tes yeuxSe montre couronné du bandeau radieux.Et toi, l’illustre auteur d’une race savante,Cassini, vers Saturne à la marche si lenteDécouvre à nos regards cinq astres inconnus ;Vois les taches de Mars et celles de Vénus :Dis-nous comment, soumis à des ordres suprêmes,En des temps mesurés ils roulent sur eux-mêmes ;Sur son pôle aplati fais tourner Jupiter ;Suis ses gardes errants ; cependant que RœmerConquête, comme toi, de l’heureuse Lutèce,Des flèches du soleil mesure la vitesse,Et que vers l’équateur Halley sous d’autres cieuxCherche l’île d’Hélène et son port odieux.Ah ! que sur ce rocher la terre soit stérile.Vous que la mort menace, évitez cet asile.Voyageur malheureux, fuyez, éloignez-vous,Les flots seront plus sûrs, les orages plus doux ;Que la noire tempête, assiégeant ce rivage,Sappe les fondements de cette île sauvage.Sur ce roc abhorré des hommes et des dieuxQu’aucun astre jamais ne console les yeux.Halley, tu l’éprouvas : plus d’une année entièreTu cherchas dans le ciel une faible lumière.Enfin, sous le Centaure et non loin du Vaisseau,Tes yeux se sont fixés sur un groupe nouveau.Dans les flancs caverneux un chêne séculaireA de son roi proscrit accueilli la misère :Qu’il brille dans le ciel, cet astre généreux,Asile hospitalier des princes malheureux.Du ciel depuis trente ans observant l’harmonie,Au silence Newton condamnait son génie ;Halley, de son ami, seul, obtint qu’AlbionApprît enfin sa gloire, et l’univers son nom.Des rayons lumineux Newton dit le mystère,Et quel pouvoir occulte anime la matière.Des cristaux assemblés par un heureux concours,Galilée à nos sens apportant le secours,Avait grossi les corps, rapproché les distances :Newton, pour embrasser des quantités immenses,Pour se faire un compas digne du firmament,Donne aux yeux de l’esprit un nouvel instrument.Leur puissance par lui croît et se développe ;Le calcul qu’il invente est un vrai télescope :Il atteint l’infini. De cette force armé,L’homme a sondé l’abîme, et l’abîme enflamméAvoue enfin la loi constante, universelle,Que Kepler entrevit et que Newton révèle.Pourquoi ces mouvements et ces orbes divers,Que six mondes errants tracent dans l’univers ?Quel pouvoir auprès d’eux retient leurs satellites ?Où l’ardente comète a-t-elle ses limites ?Pourquoi l’astre du jour, sur son axe agité,Vers le centre commun semble-t-il arrêté ?Pourquoi le firmament s’ébranle-t-il lui-même ?Tout fut lancé des mains du créateur suprême :Tout pèse, attire, fuit, par un destin pareil ;Le moindre grain de sable attire le soleil.Soumis aux mêmes lois, doués d’une puissanceQui s’accroît par leur masse et perd par la distance,Les astres voyageurs dans les plaines du cielExercent l’un sur l’autre un effort mutuel.Le pouvoir balancé de leurs forces rivalesDe ces corps inégaux fixe les intervalles :C’est là que, produisant l’équilibre commun,Pesant de tous côtés ils ne tombent d’aucun.Mais ces globes, enfin, comment à leur surfaceRetiennent-ils des corps renversés dans l’espace ?Quelle loi leur défend de s’y précipiter ?L’universelle loi qui fait tout graviter.L’espace sur les corps n’exerce aucun empire :Tomber, c’est s’approcher du point qui nous attire.Chaque astre nous dira, fidèle aux mêmes lois,Sa vitesse, son cours, sa distance et son poids ;Le soleil, au milieu des globes qu’il rassemble,Pèse seul huit cents fois tous ces mondes ensemble.La main qui mesura le soleil étonnéDécompose un rayon de son disque émané,Ramène la comète, enfle les mers profondes,Et sur leurs fondements assied enfin les mondes.
498 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après L’astronomie, Paris, FIRMIN DIDOT, FRÈRES, LIBRAIRES, 1830· numérisation wikisource.org· Sources