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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres d’Horace, 1796· Livre Iii

ODE VII. À astérie

Pierre Daru· 32 vers

Pourquoi toujours pleurer, trop sensible Astérie,Le fidèle Gygès, objet de votre amour,Que les jeunes zéphirs, à leur prochain retour,Vous rendront enrichi de l’or de Bithynie ?

L’autan, qui suit toujours les funestes Chevreaux,L’a jeté sur les bords d’une terre étrangère.Pendant ces longues nuits, privé d’un doux repos,Il baigne de ses pleurs sa couche solitaire.

De Chloé cependant un adroit émissaire,Pour vous ravir ce cœur, va dire à votre épouxQuels soins, quels tendres soins, elle prend pour lui plaire ;Qu’elle brûle pour lui des mêmes feux que vous.

Déjà pour l’ébranler l’infâme lui rappelleQue, vengeant ses appâts de l’affront d’un refus,Du fier Bellérophon l’amante criminelleIrrita contre lui le crédule Prétus.

Il lui dit qu’Hippolyte au fond du noir abîmeVoulut plonger l’amant qui méprisa ses feux.Il lui rappelle enfin les exemples fameuxQui peuvent le séduire et l’entraîner au crime.

C’est en vain : tel qu’un roc sur les flots écumeux,Votre Gygès l’écoute et demeure inflexible.Gardez qu’Énipéus, ce voisin dangereux,Ne puisse à ses désirs vous trouver plus sensible.

D’un bras plus vigoureux aucun de nos guerriersNe fend les eaux du Tibre avec plus de vitesse,Je ne l’ignore pas ; nul avec plus d’adresseNe dompte au champ de Mars d’indociles coursiers :

Mais qu’il verse des pleurs, qu’il vous nomme cruelle,Demeurez inflexible à son coupable amour ;Ne jetez point les yeux où son luth vous appelle,Et fermez votre porte avant la fin du jour.

32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources