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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres d’Horace, 1796· Livre Iii

ODE VI. Contre les mœurs de Rome

Pierre Daru· 60 vers

Vos pères, ô Romains, se sont souillés de crimes ;La peine en tombera sur vous,Si vous ne relevez de nos Dieux en courrouxLes autels privés de victimes,Et les marbres sacrés, mutilés par vos coups.

Rome soumise aux Dieux a gouverné la terre,Le ciel fit ses prospérités ;Mais, indignés de voir leurs autels désertés,Les Dieux dans leur juste colèreOnt versé les malheurs sur nos tristes cités.

Deux fois, malgré les Dieux, Rome courut aux armes ;Deux fois Monèze et PacorusChassèrent devant eux les soldats de Crassus,Et, nous renvoyant les alarmes,Se parèrent de l’or, dépouille des vaincus.

Des vaisseaux accourus des mers d’Éthiopie,Et le Dace, aux traits venimeux,Ont osé menacer nos murs trop orgueilleux,Lorsque de cette ville impieLe sein fut déchiré par des séditieux.

Dans ce siècle de fer, les vices nés en foule,Souillèrent le lit des époux ;Ils rompirent du sang les liens les plus doux,Et c’est la source d’où découleCe déluge de maux qui nous accable tous.

Une jeune Romaine apprend cet art funeste,Présent d’un peuple dissolu,Cette danse lascive, où rougit la vertu,Et son cœur, nourri pour l’inceste,Avant d’être sensible, est déjà corrompu.

Elle devient épouse, et sans choix, sans mystère,Brûlant d’un amour criminel,Sous l’œil de son époux, au banquet paternel,Cette impatiente adultèreLui cherche des rivaux, au sortir de l’autel.

Elle trouve en lui-même un avare complice ;Et, dépouillant toute pudeur,Elle suit le Crésus, l’étranger suborneur,Qui, follement épris du vice,Peut d’un plus grand trésor payer son déshonneur.

Est-ce donc là le sang d’où sortit la jeunesseQui jadis abattit Pyrrhus,Le féroce Hannibal, le grand Antiochus,Et de qui la main vengeresseRougit les mers du sang des Africains vaincus ?

Non, non, c’était de vous, ô vieux guerriers Samnites,Que sortaient ces dignes enfants,Ces robustes héros, qui labouraient les champsDont ils étendaient les limites,Et qui menaient le soc de leurs bras triomphants.

Dociles, dès l’aurore, à la voix de leur mère,Ils se livraient aux durs travauxJusqu’à l’heure où Phœbus, se plongeant dans les flots,Rendait le repos à la terre,Et d’un pénible joug délivrait les taureaux.

Mais est-il de vertu que le temps ne dévore ?Moins innocents que leurs aïeux,Nos pères ont laissé des fils indignes d’eux,Et nous, plus coupables encore,Nous serons en forfaits vaincus par nos neveux.

60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources