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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres d’Horace, 1796· LIVRE Ier

ODE XII. À auguste

Pierre Daru· 60 vers

Quel homme ou quel héros va chanter votre lyre,Nymphe de l’Hélicon ?Clio, quel est le Dieu dont l’écho va redireEt célébrer le nom ?

Irez-vous dans les bois qui couvrent le ParnasseIrez-vous sur l’Hémus,Où des puissants accords du chantre de la ThraceLes rocs furent émus ?

Instruit par Calliope, il retint les haleinesDes rapides autans :Les fleuves s’arrêtaient, il conduisait les chênesSensibles à ses chants.

Je veux, de l’univers je veux chanter le père ;C’est le premier des Dieux,L’arbitre des saisons, le maître de la terreEt des flots écumeux.

Il n’a point de rival dans la nature entière,Les Dieux sont ses enfants.Après lui, cependant, à sa fille guerrièreNous devons notre encens.

Je ne t’oublierai point, Dieu charmant de la table,O courageux Bacchus,Ni vous, chaste Diane, aux forêts redoutable,Ni les traits de Phœbus.

Je veux chanter Alcide et les frères d’Hélène,Ces illustres gémeaux :L’un domptait les coursiers, et l’autre sur l’arèneAbattait ses rivaux.

Dès que leurs feux amis brillent pendant l’orage,L’eau coule des rochers,Les flots sont apaisés, et le ciel sans nuageRassure les nochers.

Chanterai-je Romule et sa ville fameuse,Ou le sage Numa ;Les faisceaux des Tarquins, ou la mort glorieuseQue Caton se donna ?

Muse reconnaissante, enflamme mon génie,Pour chanter Régulus,Et ce fameux guerrier qui prodigua sa viePour ses soldats vaincus.

Viens peindre Curius sous sa toge grossière,Et ce FabriciusQu’en son humble foyer la pauvreté sévèreÉlevait aux vertus.

Ta gloire, ô Marcellus, s’élève comme un plane ;L’astre des Jules luit,Comme l’on voit briller le flambeau de DianeParmi ceux de la nuit.

Père et conservateur de tout ce qui respire,César est sous ta loi :Relève ses destins ; Qu’il soit dans ton empireLe second après toi.

Soit qu’il ait triomphé dans une juste guerreDu Parthe ou de l’Indus,Qu’il reste sous tes lois le maître de la terre :Il ne veut rien de plus.

Ton char tonnant pourra de la voûte azuréeÉbranler le palais,Et ta foudre embraser cette enceinte sacréeQue souillent nos forfaits.

60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources