Œuvres d’Horace, 1796· Livre IV
ODE XIV. À auguste
Quels soins, quels monuments les fils de RomulusPourront-ils consacrer, César, à votre gloire ?Quel marbre à nos neveux portera la mémoireDe vos héroïques vertus ?
O prince, le plus grand que dans sa course immensePuisse voir le flambeau de ce vaste univers,Les Germains, si longtemps échappés à nos fers,Ont reconnu votre puissance.
Suivi de vos soldats, Drusus plus d’une foisA vaincu le Génaune et le Breune indomptable,Et les Alpes ont vu, sur leur cime effroyable,Leurs forts conquis par ses exploits.
Bientôt, impatient de gloire et de carnage,Le premier rejeton de ce sang précieux,Tibère, combattant sous un auspice heureux,Dompte le Rhétien sauvage.
Quel spectacle de voir son bras ensanglantéPrésenter mille morts à la foule ennemie,A ces fiers étrangers prêts à perdre la vieEn défendant leur liberté !
Pareil à ces autans qui troublent l’onde noire,Lorsque de Phaëton les sœurs brillent aux cieux,Il pousse son coursier, à travers mille feux,Dans le chemin de la victoire.
Tel que, du roi Daunus fendant les champs féconds,L’Aufide impétueux, grossi par les orages,Mugit comme un taureau, submerge ses rivages,Et détruit l’espoir des moissons :
Tel et plus furieux l’impétueux TibèreEnfonce un mur de fer, moissonne chaque rang ;Et, tandis que des siens il épargne le sang,Tout barbare mord la poussière.
Vos conseils, vos soldats, vos Dieux, pour ce hérosÉtaient les sûrs garants d’une entière victoire ;La faveur de ces Dieux, amis de votre gloire,N’abandonne point vos drapeaux.
Trois lustres écoulés, une cité puissanteOuvrit avec terreur son port à vos vaisseaux ;Le sort au même jour couronne vos travauxPar une victoire éclatante.
Dieu visible de Rome et de cet univers,O notre protecteur, le Scythe infatigable,Et le Mède, et l’Ibère autrefois indomptable,L’Indien même est dans vos fers.
Cachant en vain sa source aux monts Éthiopiques,Le Nil subit le sort du Tigre et de l’Ister ;Et les monstres n’ont pu vous fermer cette merQui bat les rives Britanniques.
Le Cantabre indocile et le brave Gaulois,Qui sait donner la mort et la voir sans alarmes,Le farouche Germain, tous vous rendent les armesEt respectent enfin vos lois.
52 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources