Œuvres d’Horace, 1796· Livre IV
ODE XIII. À Lycé
Enfin, Lycé, les justes Dieux,Les Dieux ont reçu ma prière ;Te voilà vieille : mais tu veux,Tu prétends encore nous plaire.Effrontément dans nos banquetsTu cours t’enivrer à longs traits ;C’est là que ta voix chevrotanteAppelle un Amour dédaigneux,Qui va se nicher à tes yeuxSur le sein fleuri de Canente.
Canente a la plus douce voixUnit sa lyre enchanteresse ;Mais quand il frémit sous tes doigts,Le luth décèle ta vieillesse.Ton front de rides sillonné,Ton front de neiges couronné,Rebute l’enfant d’Idalie ;Ce papillon capricieux,Pour chercher le myrthe amoureux,Dédaigne la rose flétrie.
Non, Lycé, ni les diamants,Ni la pourpre qui te décore,Ne te rendront ces jours charmantsQue le temps emporte et dévore.Où sont tes grâces, tes attraits ?Qu’as-tu fait de ce teint si frais ?Que reste-t-il à ta vieillesseDe cette Lycé d’autrefois,Qui voyait les cœurs sous ses lois,Et triompha de ma faiblesse ?
Ouvrage charmant des Amours,Lycé ne cédait qu’à Cinare :Mais Cinare a fini ses jours.Pour toi le sort est plus barbare :Vengeur de tes amants trahis,Il prolonge tes jours proscrits ;Et par une joie insultanteTu verras tes adorateursDu flambeau qui brûla leurs cœursOutrager la cendre impuissante.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources