Œuvres d’Horace, 1796· Livre IV
ODE II. À jule Antoine
Le mortel téméraire, émule de Pindare,Sur une aile de cire est porté dans les airs,Et va par son trépas, comme autrefois Icare,Donner son nom aux mers.
Tel que, du haut des monts précipitant son onde,Un torrent en grondant fait bouillonner ses eaux ;Tel Pindare, élancé d’une source profonde,Roule d’immenses flots.
Toujours sa main ravit les lauriers de Parnasse,Soit qu’à des tons nouveaux il élève sa voix,Soit qu’en chantant Bacchus sa pétulante audaceNe suive plus de lois.
Soit qu’il chante les Dieux ou les rois redoutables,Ceux qui de la Chimère étouffèrent les feux,Ou ces héros vainqueurs des Centaures coupables,Héros enfants des Dieux :
Soit qu’il daigne chanter la palme et la victoireQue décerne l’Élide en ses jeux solennels,Les marbres, l’airain même, assurent moins de gloireQue ses vers immortels.
Quand d’une tendre épouse il veut sécher les larmes,Il place au ciel l’époux que lui ravit le sort,Et sauve ses vertus, son courage et ses charmesDe l’oubli de la mort.
Le cygne de Dircé sur une aile rapide,S’élève dans les airs d’un vol impétueux :Pour moi, j’imite encor de l’abeille timideL’essor moins dangereux.
Pour sucer les parfums du lys et de la rose,L’abeille se fatigue à voler sur ces bords :C’est ainsi que les vers que ma Muse composeMe coûtent des efforts.
C’est à vous de chanter sur un luth plus sonoreLa gloire de César qui, le front couronné,Conduit aux pieds du Dieu que l’univers adoreLe Sicambre enchaîné.
De la bonté des Dieux César est l’heureux gage ;N’en espérons jamais un bienfait aussi doux,Quand on verrait encor les mœurs du premier âgeRenaître parmi nous.
Vous peindrez et nos jeux et la publique joie,La discorde muette au temple de Thémis.César nous est rendu, le ciel nous le renvoie :Nos vœux sont accomplis.
O, si ma faible voix mérite qu’on l’écoute,Comme je vais alors m’écrier : l’heureux jour !Ce jour de tous les miens est le plus beau sans doute ;César est de retour !
Jour de gloire ! pendant cette pompe guerrière,Tout le peuple Romain avec moi s’écriera :O triomphe ! triomphe ! et vers le ciel prospèreL’encens s’élèvera.
Antoine, c’est à vous, c’est à vous de répandreLe sang de vingt brebis sur les autels des Dieux ;Mais un jeune taureau qui paît seul l’herbe tendreAcquittera mes vœux.
De l’or son corps entier a la couleur brillante ;Il lève un front paré d’un signe éblouissant ;De l’astre de Phœbé son armure naissanteImite le croissant.
60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources