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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres d’Horace, 1796· Livre IV

ODE PREMIÈRE. À vénus

Pierre Daru· 40 vers

O Vénus ! dans mon sein tu rallumes la guerre.Grâce, grâce, ô Déesse, épargne un malheureux :Je ne suis plus celui que la douce GlycèreVit d’un œil amoureux.

Dix lustres à ton joug m’ont rendu trop rebelle :Dirige ailleurs l’essor de tes cygnes brillants.Une aimable jeunesse et t’implore et t’appelle :Laisse en paix mes vieux ans.

O des tendres Amours cruelle souveraine,Une illustre conquête est promise à ta loi ;S’il te faut un esclave, Émile offre à ta chaîneUn cœur digne de toi.

Noble, jeune, et toujours suivi de la victoire,De l’innocent proscrit défenseur généreux,Partout de tes drapeaux il portera la gloirePar ses talents heureux.

Si par toi d’un rival il trompe l’espérance,Tu verras s’élever sur ce bord écumantUn temple somptueux, de sa reconnaissanceÉternel monument.

Là sous des orangers ton image respire ;Des flots d’un pur encens s’élèvent dans les airs,Et pour te célébrer le théorbe et la lyreS’unissent aux beaux vers.

Là, deux fois chaque jour devant ton sanctuaire,Des vierges, des amants, le plaisir dans les yeux,Viendront chanter ta gloire, et frapperont la terreD’un pied libre et joyeux.

Fuyez, espoir trompeur d’une amour mutuelle,Fuyez, jeux de Bacchus ; et de fleurs couronnéNe montrons plus mon front, sous la rose nouvelleDe rides sillonné.

Mais, que dis-je ? eh ! pourquoi sens-je couler mes larmes ?Lydé, pourquoi frémir sitôt que je te vois,S’il est vrai que je sois insensible à tes charmes,Et demeurer sans voix ?

Hélas ! dans mon sommeil pendant la nuit profondeTa fugitive image apparaît , et soudainJe m’élance ; elle vole, elle échappe, et dans l’ondeJe te poursuis en vain.

40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources