Œuvres d’Horace, 1796· Livre Iii
ODE II. À la jeunesse romaine
Dans les travaux de Mars que le jeune RomainApprenne à supporter la pauvreté cruelle ;Que, pressant un coursier, une lance à la main,Il porte la terreur chez le Parthe rebelle.
Qu’à l’injure de l’air, aux périlleux hasards,Sous les murs ennemis, il expose sa vie,Et que, l’apercevant du haut de ses remparts,L’épouse du tyran s’épouvante et s’écrie :
« Ah ! puisse mon époux, inhabile aux combats,« Éviter les regards de ce lion sauvage,« Invincible ennemi, qui, semant le trépas,« Remplit de sa fureur la scène du carnage ! »
Mourir pour la patrie est doux et glorieux.La mort atteint le lâche en sa fuite rapide ;Elle n’épargne point la jeunesse de ceuxQui vers le champ d’honneur tournent un dos timide.
La vertu ne craint point la honte d’un refus :Ce n’est point à la voix d’un peuple méprisableQue les honneurs lui sont enlevés ou rendus ;Son éclat lui vient d’elle et reste inaltérable.
La vertu dans les cieux transporte les hérosQui méritent l’honneur d’une vie immortelle ;Elle fuit avec eux, par des chemins nouveaux,L’amas de fange où rampe un peuple indigne d’elle.
Il est un prix aussi pour ces hommes pieux,D’un secret confié sages dépositaires.Mais fuyons le navire et le toit dangereuxDe ceux qui de Cérès ont trahi les mystères.
Souvent le ciel confond l’impie et l’innocent,Et les frappe à la fois d’un foudre inévitable :Sa justice tardive approche lentement ;Mais de son pied boiteux elle atteint le coupable.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources