Œuvres d’Horace, 1796· Livre Ii
ODE X. À Licinius Murena
Ne voguez pas au loin sur les flots orageux,Mais en évitant le naufrageGardez-vous de raser un perfide rivage :C’est le moyen de vivre heureux.
Celui qui sait goûter en sageLa médiocrité, ce bien si précieux,Content de sa fortune et borné dans ses vœux,N’habite point un asile sauvage,Ni ces toits où le luxe insulte aux malheureux.
Les pins les plus altiers sont ceux qu’Éole outrage ;Des superbes palais les dômes orgueilleuxAvec plus de fracas s’écroulent à nos yeux,Et la foudre épuise sa rageSur les monts trop voisins des cieux.
Le sage, qui du sort a prévu l’inconstance,Dans le malheur conserve l’espérance,Et s’il jouit d’un sort heureux,C’est toujours avec défiance.Ami, ce sont les mêmes DieuxQui ramènent toujours les hivers orageuxEt qui du doux printemps nous rendent la présence.
Accablé maintenant sous les coups du destin,Peut-être le bonheur vous attend-il demain.Appollon quelquefois, oubliant sa vengeance,Dépose pour son luth son carquois inhumain.
Opposez un front calme, un front inaltérable,A la colère de l’autan,Et repliez vos voiles prudemment,Si le vent est trop favorable.
29 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources