Œuvres d’Horace, 1796· Livre Iii
ODE X. À Lycé
O Lycé, quand tu serais néePrès des sources du Tanaïs,Quand tu serais même enchaînéeAu plus sévère des maris,Tu me donnerais quelques larmes,Lorsque, devant ta porte assis,Je viens endurer pour tes charmesL’outrage des vents ennemis.
Entends-tu ce vent redoutable,Dont ta porte même frémit ?D’un sifflement épouvantableLe bosquet voisin retentit.L’air est pur ; l’haleine glacéeDe ces sauvages aquilonsA durci la neige entassée,Qui couvre et blanchit nos sillons.
Quitte cette fierté rebelle,Que hait la mère de l’Amour,Ou de la fortune infidèleRedoute un funeste retour.D’un Toscan serais-tu donc néePour être à la fleur de tes ansUne Pénélope obstinéeA désoler tes courtisans ?
Tu veux rester inaccessibleA nos vœux comme à nos présents ;Tu fais gloire d’être insensibleA la pâleur de tes amants ;Tu ne sens pas même l’outrageQue par son infidélitéLe cœur de ton époux volageFait tous les jours à ta beauté.
Plus inébranlable qu’un chêne,Plus cruelle que les serpentsQue nourrit la plage Africaine,Lycé, prends d’autres sentiments ;Qu’à la fin la pitié l’emporte,Car toujours tu ne verras pasDes amants couchés à ta porteSouffrir le vent et les frimas.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources