Œuvres d’Horace, 1796· Livre Iii
ODE XI. À Lydé
Mercure, inspire-moi : c’est par toi qu’AmphionVit la pierre sensible à sa douce harmonie ;Seconde aussi mes vœux, ô lyre d’Apollon,Dont sept fils enchantés forment la mélodie.
O charme des festins et des temples des Dieux,O ma lyre, autrefois muette, abandonnée,Venez, inspirez-moi des chants harmonieux,Pour fléchir de Lydé la rigueur obstinée.
Telle qu’une génisse errante dans les bois,Qui dérobe à Vénus sa folâtre jeunesse,Lydé, qui de l’hymen redoute aussi les lois,Veut rester insensible et m’évite sans cesse.
Mais vous savez calmer la rage des lions,Vous entraînez les bois, vous suspendez les ondes,Et l’on a même vu sensible à vos doux sonsLe garde vigilant des demeures profondes.
Ce monstre redouté, qui sur ces bords fumantsDistille le poison de trois bouches énormes,Vaincu par vos accords, retint les sifflementsDes serpents hérissés sur ses têtes difformes.
Ixion, malgré lui, souriait à vos chants,Et des fils d’Égyptus les épouses perfides,Oubliant leur supplice à vos accords touchants,Laissèrent un moment sécher leurs urnes vides.
Que la fière Lydé connaisse le destin,Le crime de ces sœurs, leurs supplices terribles,Et leurs vases trompeurs d’où l’onde fuit soudain,Et le prix que l’enfer garde aux cœurs insensibles.
Les barbares, ô crime ! après de doux serments,La nuit, à la lueur des flambeaux d’hyménée,Plongèrent le poignard au sein de leurs amants,Sur cette même couche à l’hymen destinée.
Une seule, grands Dieux ! digne d’un nœud si saint,Mérita d’être chère à la race future ;Une seule au poignard de son père assassinDéroba son amant par un noble parjure.
« Lève-toi, lève-toi, dit-elle à son époux,« Tu dors, prêt à tomber dans la nuit infernale !« Tremble, vois ton danger, fuis mon père et ses coups ;« Fuis mes sœurs, fuis leur rage à tous les tiens fatale.
« Hélas ! à leurs époux mes sœurs ôtent le jour.« Ce sont des loups cruels que la vengeance irrite.« Le sang coule ; mais moi, plus fidèle à l’amour,« J’épargnerai le tien, je hâterai ta fuite.
« Que mon père se venge et me charge de fers« Pour n’avoir point été parjure et parricide ;« Qu’il m’envoie en exil dans ces sables déserts« Qu’habitent, loin de nous, le tigre et le Numide !
« Fuis où te porteront et les vents et tes pas ;« La nuit, le temps, le ciel, Vénus est favorable :« Fuis, et sur mon tombeau viens après mon trépas« Graver de nos malheurs l’histoire déplorable. »
52 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources