Œuvres d’Horace, 1796· Livre IV
ODE XII. Invitation à Virgile
Cortège aimable du printemps,Déjà les zéphirs renaissantsOnt quitté les rives de Thrace ;Leur haleine aplanit les flots,Enfle les voiles des vaisseaux :Les frimas que l’hiver entasseNe blanchissent plus nos coteaux ;Et des fleuves chargés de glaceOn n’entend plus mugir les eaux.
Déjà revient dans nos hameauxCet oiseau, l’opprobre d’Athènes ;Progné, qui vient conter ses peinesEt la mort d’Itis aux échos.Couchés sur l’herbe rajeunie,Les bergers enflent leurs pipeaux ;Leur chant plaît au Dieu des troupeaux,Au Dieu qu’adore l’Arcadie.
Le temps a ramené la soif et la chaleur :O vous, qui près des grands consumez votre vie,Voulez-vous avec moi savourer la douceurD’un nectar écoulé des pressoirs de Formie ?Vous paierez votre écot en parfums de Syrie.
Un peu d’encens sera le prixD’un flacon de ce vin exquisQue fait mûrir Quintus dans son cellier immense,De ce vin généreux qui chasse les ennuisEt qui prodigue l’espérance.
Si ces plaisirs pour vous ne sont point sans appâts,Muni de votre écot venez en diligence ;Car je ne prétends point régaler des ingrats,Comme l’on fait chez ceux où règne l’opulence.
Point d’avarice : accourez, hâtez-vous,Le bûcher nous attend ; songez-y, le temps presse.Par un peu de folie égayez la sagesse :S’enivrer à propos est un plaisir bien doux.
35 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources