Œuvres d’Horace, 1796· Livre Ii
ODE XVII. À mécène malade
Pourquoi de vos regrets, pourquoi me déchirer,Mécène, mon appui, ma gloire la plus chère ?Les Dieux ne veulent pas, je ne puis désirer,Que du jour avant moi vous perdiez la lumière.
Ah ! si je perds en vous, par la haine du sort,La moitié de mon cœur ; si je dois vous survivre ;Odieux à moi-même et déjà demi-mort,Que peut l’autre moitié différer de vous suivre ?
Le même jour sera le terme de tous deux ;Le serment que j’ai fait ne sera point stérile :Quel que soit notre sort, compagnons généreux,Nous verrons à la fois notre dernier asile.
Non l’énorme Gyas, ce géant aux cent mains,Les feux de la Chimère et l’horrible Gorgone,Rien ne peut m’empêcher de suivre vos destins ;Les Parques l’ont voulu, la justice l’ordonne.
Que l’astre de Thémis ait vu mes premiers ans ;Ou l’étoile de Mars, funeste à la naissance ;Ou le triste Verseau, qui désole nos champs :Nos astres, quels qu’ils soient, marchent d’intelligence.
L’éclatant Jupiter, favorable à nos vœux,Repoussa le trépas dont vous étiez la proie :Il confondit Saturne, et les Romains heureuxÉbranlèrent ces bords de mille cris de joie.
J’allais être écrasé sous un arbre odieux ;Mais Faune l’écarta de sa main protectrice.Élevez un autel en l’honneur de ces Dieux,Et moi je vais offrir le sang d’une génisse.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources