Œuvres d’Horace, 1796· Livre Ii
ODE XVIII. « Chez moi l’éclat de l’or, l’ivoire de l’Indus »
IL S’APPLAUDIT DE LA MÉDIOCRITÉ DE SA FORTUNE ET BLÂME L’AVIDITÉ DES RICHES
Chez moi l’éclat de l’or, l’ivoire de l’Indus,Ne parent point un lambris magnifique,Et des marbres taillés aux bornes de l’AfriqueN’y portent point le faix des poutres de l’Hémus.
Possesseur inconnu d’un royal héritage,Je n’habite point un palais,Et les filles des rois ne me filent jamaisCette laine que teint la pourpre de Carthage.
Une veine féconde, un luth harmonieux,Voilà mes biens ; le riche les envie :Content de posséder une maison chérie,Je ne sais point fatiguer de mes vœuxUn ami puissant ni les Dieux.
Chaque jour disparaît ; l’astre des nuits lui-mêmeDécroît et va pâlir son disque radieux :Et vous faites tailler des marbres précieux,Vous qui touchez à votre heure suprême !Vous faites élever un palais fastueux,Oubliant le tombeau qui s’ouvre sous vos yeux !
Non content d’habiter le fortuné rivageOù l’on voit sur les rocs blanchir les flots amers,Vous pressez, vous comblez, vous resserrez les mers.Bien plus, d’un voisin pauvre usurpant l’héritage,
Vous avez arraché les bornes de ses champs :Au lieu de protéger les biens de vos clients,Votre avarice en a fait son partage,Et l’épouse et l’époux, chassés par votre rageDe l’humble toit de leurs parents,Emportent dans leurs bras leurs Dieux et leurs enfants.
Cependant pour le riche il n’est point d’autre asileQue l’empire où Pluton soumet tout à ses lois.Qu’espérez-vous ? la terre équitable et facileOuvre son sein au pauvre ainsi qu’au fils des rois.
Le nocher de l’onde infernalePar l’or de Prométhée a-t-il été séduit ?Il retient l’orgueilleux Tantale,Il retient tous ses fils dans l’éternelle nuit.
Qu’on l’appelle ou bien qu’on l’évite,Il ouvre également l’asile des enfersA l’indigent qui trouve au bord du noir CocyteLa fin des maux qu’il a soufferts.
41 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources