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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres d’Horace, 1796· Épodes

ODE I. À mécène

Pierre Daru· 36 vers

Compagnon de César, tu braves cher Mécène,Ces flottantes cités qu’arme une folle reine :Et pour moi cependant le jour n’a plus d’appâts ;Que faire loin de toi de ma triste existence ?Pourrais-je en ton absence,Jouir de ce repos que tu ne goûtes pas ?

Rival de ces grands cœurs qui marchent sur tes traces,Des Alpes, de l’Athos faut-il franchir les glaces ?J’irai, j’affronterai le roc inhabité,Et les Syrtes brûlants, et l’orageux Bosphore,Et la rive du Maure,Où Phœbus tous les jours voit mourir sa clarté.

Tu ris de mes projets : cette valeur soudaineN’est pas digne, il est vrai, de seconder la tienne ;Mon bras ne peut t’offrir un utile secours :Non, mais j’adoucirai de l’amitié tremblanteLa crainte renaissante,En partageant du moins les périls où tu cours.

Ainsi sur son rameau la tendre philomèle,Cache ses doux enfants sous l’aile maternelle,Et n’ose s’éloigner de son jeune trésor.Que pourrait cependant cette mère débileContre l’affreux reptile ?Mais sa crainte loin d’eux serait plus vive encor.

Oui, j’affronte la guerre où la gloire t’engage :Ton amitié, voilà le prix de mon courage.Que m’importent les biens et les riches troupeaux !Je ne demande point un plus gras pâturage,Ni que mon héritageJusqu’aux murs de Tuscule étende son enclos.

Cher Mécène, déjà comblé de tes largesses,Pourrais-je d’un Chrémès envier les richesses,Et désirer un or avec peine amassé ?Et pourquoi ? pour aller, triste dépositaire,L’enfouir sous la terreOu pour le dissiper comme un jeune insensé.

36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources