Œuvres d’Horace, 1796· Livre Ii
ODE XII. À mécène
Gardez-vous d’exiger que ma lyre débileCélèbre d’Hannibal les coupables exploits,Ou la fière Numance, ou les bords de SicileTeints du sang des Carthaginois :
Je ne saurais chanter ni le Centaure avide,Ni l’ivresse d’Hylée, et ces géants affreux,Qui furent terrassés par le seul bras d’AlcideEt qui faisaient trembler les cieux.
C’est à vous d’emprunter les crayons de l’histoire,Pour peindre de César les succès éclatants.Qui pourrait mieux que vous à son char de victoireEnchaîner les rois menaçants ?
Ma muse veut chanter la belle Licymie,La douceur de sa voix, le charme de ses yeux,Et le sensible cœur de cette jeune amie,Qui sera fidèle à vos vœux.
Oh ! que j’aime à la voir, s’avançant avec grâce,Par son esprit léger égayer tous nos jeux,Ou, présentant la main aux beautés qu’elle efface,Danser à la fête des Dieux !
Pour un seul des cheveux dont sa tête est ornéeVous donneriez tout l’or des rois les plus puissants,Lorsque vers son ami sa bouche détournéeSe livre à vos désirs brûlants ;
Surtout lorsqu’affectant une colère extrême,Elle veut sa défaite et repousse un baiser,Et quelquefois soudain vous ravit elle-mêmeCe qu’elle a feint de refuser.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources