Œuvres d’Horace, 1796· Livre Ii
ODE XX. À mécène
Bientôt, sur une aile inconnue,Prenant un vol audacieux,Je m’élancerai dans la nue,Je fuirai les terrestres lieux.Je prends une forme étrangère.Malgré ma naissance vulgaireMécène m’a fait son ami :Je suis au-dessus de l’envie,Et sûr d’une immortelle vie,Je ne crains l’enfer ni l’oubli.
Déjà d’une plume légèreMon corps et mes bras sont couverts ;Mes pieds ne touchent plus la terre :Cygne nouveau, je fends les airs.Sans craindre la chute fataleDe l’imprudent fils de Dédale,Je vole aux bords Gétuliens,Aux Syrthes qu’habite le Maure,Et des flots bruyants du BosphoreJusqu’aux monts hyperboréens.
Les Daces qui craignent Bellone,L’Ibère, l’ami des talents,Les peuples qu’abreuve le Rhône,Seront étonnés de mes chants.Retenez des pleurs inutiles ;Ne chargez point de dons stérilesLa tombe où je ne serai plus :Réservez aux mortels vulgairesCes chants, ces honneurs funéraires,Qui pour moi seraient superflus.
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources