Œuvres d’Horace, 1796· Livre Ii
ODE XIX. Dithyrambe
Au milieu des nymphes émuesJ’ai vu, j’ai vu Bacchus chanter ;Le Faune aux oreilles aiguësSur les monts venait l’écouter.Siècles futurs, je vous l’atteste.Frappé d’une terreur céleste,Mon cœur est encor plein de toi :O Bacchus, sois-moi favorable !O Dieu du Thyrse redoutableDieu tout-puissant, épargne-moi !
J’oserai peindre ces fontainesD’où coule un vin délicieux,Le miel que distillent les chênes,Et tes Ménades et leurs jeux.Je veux, je veux de ton amanteChanter la couronne éclatanteQui brille au céleste lambris,Lycurgue s’arrachant la vie,Et frappé d’une main chériePenthée expiant ses mépris.
Sur les montagnes solitaires,La Thyade voit son vainqueurTresser ses cheveux de vipères,Dont tes mains calment la fureur.Tu domptes même l’onde amère.Quand Rhœcus assiégeait ton pèreSur son trône mal assuré,Tu devins un lion terrible,Et soudain d’un ongle invincibleL’affreux Rhœcus fut déchiré.
On avait trop borné ta gloire,Père des jeux et des bons vins,Car tu mérites la victoire,Aux champs de Mars comme aux festins.Si tu descends jusqu’au Tartare,Le chien qui garde le TénareA ton aspect devient plus doux,Agite sa queue effrayante,Et de sa langue encor sanglanteBaise et caresse tes genoux.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources