Œuvres d’Horace, 1796· LIVRE Ier
ODE VII. À Munatius Plancus
D’autres loûront Éphèse, ou Rhode, ou Mitylène ;Corinthe que deux mers embrassent de leurs flots ;Les vallons de Tempé, les murs du fils d’Alcmène ;Ou l’île d’Apollon, la charmante Délos :
Il en est dont les vers ne célèbrent qu’AthènesEt l’arbre de Pallas aux flexibles rameaux :Pour honorer Junon d’autres chantent Mycènes,Et Sparte la guerrière, et les coursiers d’Argos.
Pour moi j’aime bien mieux cette charmante riveOù l’Anio murmure à travers les bosquets,Et ces vergers qu’arrose une onde fugitive,Que des Thessaliens les fertiles guérets.
Comme un zéphyr léger dissipe les nuages,Ainsi, soit que de Mars vous suiviez les drapeaux,Soit que de Tivoli vous habitiez l’ombrage,Bacchus vous versera l’oubli de tous les maux.
La sagesse l’ordonne. A travers la tempêteJadis Teucer fuyait son père et son pays ;Inspiré par Bacchus, il couronne sa tête,Et s’adresse en ces mots à ses tristes amis :
« La fortune est pour nous moins cruelle qu’un père ;« Suivons-la, compagnons, ne désespérons pas :« Phœbus nous a promis une terre étrangère ;« Teucer en est garant, Teucer conduit vos pas.
« Nous verrons s’élever une cité nouvelle.« Vous avez avec moi souffert de plus grands maux.« Noyez dans le nectar la tristesse cruelle :« Demain, dignes amis, nous braverons les flots. »
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources