Œuvres d’Horace, 1796· Épodes
ODE XV. À Nééra
Il était nuit, et Phœbé dans les cieuxD’astres lointains brillait environnée,Quand de mes bras mollement enchaînée,Comme l’ormeau par le lierre amoureux,Vous m’assuriez de votre foi donnée,Vous me trompiez et vous trompiez les Dieux.
« Oui, disiez-vous, oui, tant que la bergère« Pour ses moutons craindra la dent des loups,« Tant que Phœbus se lèvera sur nous« Et répandra ses torrents de lumière,« Tant qu’Orion troublera l’onde amère,« Si vous m’aimez, je n’aimerai que vous. »
Vous le juriez : vains serments ! Nuit fatale !S’il reste encor quelque force à mon cœur,Si je ne puis douter de mon malheur,Craignez ma haine à mon amour égale ;De votre amant je trouble le bonheur,Et vous aurez bientôt une rivale.
Et toi, qui ris du sort de mon amour,Qui que tu sois, ta beauté, ta richesse,Tout sera vain pour fixer sa tendresse :Blessé, trahi, tu pleureras un jour,Et moi, vengé, grâces à la traîtresse,Je jouirai de tes pleurs à mon tour.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources