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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres d’Horace, 1796· Épodes

ODE XI. À Pectius

Pierre Daru· 50 vers

Non, pour moi les sœurs d’ApollonComme autrefois n’ont plus de charmes ;Hélas ! du cruel CupidonJ’ai senti les fatales armes :Oui, ce Dieu malin, chaque jour,Pour brune ou blonde tour à tour,Enflamme mon âme asservie,Et Décembre déjà trois foisEst venu dépouiller les boisDepuis que j’ai cessé de brûler pour Livie.

Que l’on a ri de mes chagrins !Que je rougis de ma faiblesse !Que je redoute ces festins,Où tout trahissait ma tendresse ;Où les longs soupirs des amants,Leur langueur, leurs gémissements,Dévoilaient leur discrète flamme ;Où Bacchus, ce Dieu pétulant,Nous versant un nectar brûlant,Vous révélait soudain les secrets de mon âme !

« Se peut-il, vous disais-je alors,« Avec une douleur amère,« Qu’une femme à de vils trésors« Sacrifie un amant sincère ?« Ah ! si jamais un vrai courroux,« Brisant des nœuds, hélas ! trop doux,« Me fait surmonter ma faiblesse,« Je reprendrai ma liberté,« Honteux d’avoir tant disputé« A d’indignes rivaux une indigne maîtresse. »

Mais à peine avais-je à vos yeuxMontré ce dépit téméraire,Tandis que mon cœur furieuxS’applaudissait de sa colère,Je m’éloignais de vous, hélas !Malgré moi je portais mes pasDevant cette porte ennemie,Devant ce seuil qui m’avait vuCent fois, sur la pierre étendu,Supporter des saisons l’affreuse intempérie.

La jeune Églé par ses appâtsCaptive aujourd’hui ma tendresse :Cet enfant aux traits délicatsS’enorgueillit de sa mollesse.Ni la crainte de ses mépris,Ni les conseils de mes amis,Rien ne peut guérir ma blessure,Et je n’aurai ma libertéQu’en aimant la brune MyrtéOu quelque aimable nymphe à blonde chevelure.

50 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources