Œuvres d’Horace, 1796· Épodes
ODE XIII. À ses amis
Des nuages épais nous dérobent les cieux :Jupiter nous envoie et la neige et la glace :Les aquilons, sortis des antres de la Thrace,Font retentir les bois d’un sifflement affreux :La mer gronde et menace.Employons, mes amis, un jour si précieux ;Saisissons le plaisir, profitons du bel âge,Et chassons loin de nous la tristesse sauvage,Qui sillonne le front du vieillard sérieux.Toi, porte-nous ce nectar délectableQui date, comme moi, du Consul Manlius.Mes amis, ne pensons plusAu chagrin qui nous accable ;Peut-être qu’à la fin par un Dieu favorableNos beaux jours nous seront rendus.Parmi le vin, les fleurs, la lyre enchanteresse,Oublions les soucis, l’importune raison,Et profitons de la leçonQue donnait un Centaure instruit par la vieillesseA son illustre nourrisson :
« Vaillant fils d’une immortelle, »Disait le sage Chiron,« Puisque la gloire t’appelle« Sous les remparts d’Ilion ;« Accours, vole, va répandre« L’épouvante dans ces lieux« Qu’arrosent le froid Scamandre« Et le Xanthe impétueux.« Mais songe qu’un Dieu sévère« Ne permet pas ton retour ;« Que de ta charmante mère« Tu ne verras plus la cour :« Pour dissiper la tristesse« Et bannir le noir chagrin,« Souviens-toi d’user sans cesse« De ta lyre et de ton vin. »
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources