Œuvres d’Horace, 1796· Épodes
ODE X. Contre le poète Mévius
Malheur à ce vaisseau qui porte Mévius !Autans, élancez-vous, que les flots l’engloutissent ;Que les noirs aquilons pour sa perte s’unissent,Et dispersent ses mâts par la foudre rompus.Qu’Éole contre lui déchaîneCe vent dont la funeste haleineDéracine les pins au sommet de l’Hémus.
Que le ciel soit couvert d’un crêpe formidable ;Que nulle étoile favorableN’éclaire le coucher du sinistre Orion :Que partout ce vaisseau rencontre la tempête,La foudre qui vengea les cendres d’Ilion,Et que l’impie Ajax vit tomber sur sa tête.
Malheureux ! quel danger presse tes matelots !Tu pâlis, et des pleurs inondent ton visage.Que tu vas fatiguer le ciel par tes sanglots,Quand ton frêle navire, entr’ouvert sous les flots,Des autans et des Dieux éprouvera la rage !
Ah ! si bientôt sur le rivage,Ton corps affreux pouvait repaître les oiseaux,Que j’irais de bon cœur immoler deux chevreauxAu Dieu qui préside à l’orage !
22 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources