Œuvres d’Horace, 1796· Livre IV
ODE XI. À Phyllis
Il est dans mon cellier un nectar généreux,Qui bientôt va compter une dixième automne ;Il est dans mon jardin des fleurs pour tes cheveux,Et du lierre pour ta couronne.
Tous mes vases d’argent déjà sont étalés ;Mon autel domestique, entouré de verveine,N’attend que les agneaux qui vont être immolés :Mes esclaves sont hors d’haleine.
Tout est en mouvement, tout sert avec ardeur :De mon foyer ardent la fumée épaissiePorte jusques aux Dieux l’agréable vapeurDu souper où je te convie.
Apprends pourquoi je veux célébrer avec toiCette fête qu’Avril tous les ans nous ramène ;Le jour de ma naissance est moins sacré pour moi :Ce beau jour vit naître Mécène.
Lycus que tu chéris n’est pas né pour tes fers ;Une amante plus riche et sans doute moins belle,Une autre le retient dans les nœuds les plus chers :Viens, viens, oublie une infidèle.
Modère tes désirs : en vain BellérophonVoulut soumettre au frein l’indomptable Pégase ;Victime de l’orgueil, l’imprudent PhaëtonPérit dans les cieux qu’il embrase.
Si tu m’en crois, Phyllis, tâche de réprimerD’un cœur ambitieux la folie importune ;C’est souvent irriter les Dieux que de formerDes vœux plus grands que sa fortune.
Viens, prépare ta voix à de nouveaux concerts :O de mon cœur épris souveraine maîtresse,Viens, mon unique amie, et le charme des versBannira ta sombre tristesse.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources