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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres d’Horace, 1796· Livre Ii

ODE VII. À Pompéius varus

Pierre Daru· 48 vers

Quel Dieu te rend à ta patrie,O le premier de mes amis,Que souvent près de moi je visAu dernier terme de la vie,Quand tous les deux, nouveaux soldats,De Brutus nous suivions les pasLoin des campagnes d’Italie ?

Que de fois couronnés de fleurs,Savourant tous deux les odeursDes plus doux parfums de Syrie,Nous avons abrégé le coursDes heures tardives des joursAvec le nectar de Candie !

A Philippes voyant la mort,Je l’avouerai, je pris la fuite ;J’oubliai, pour courir plus vite,Jusqu’à mes armes : j’eus grand tort.Mais la valeur fut écrasée,Et le plus terrible guerrierNe fit que mordre le premierLa poudre de sang arrosée.

Pour me dérober au vainqueur,Mercure au milieu d’un nuageM’enleva mourant de frayeur ;Mais pour toi, les vents et l’orage,Vers des périls toujours nouveauxEntraînant encor ton courage,Te reportèrent sur les flots.

Tu dois aux Dieux un sacrifice.Viens à l’ombre de mes lauriersTe délasser d’un long service.Pour toi j’ai rempli mes celliers :Épuise la liqueur bachiqueQui bouillonne dans mes tonneaux ;Répands les parfums à grands flots,Et dans un verre de MassiqueViens boire l’oubli de tes maux.

Qui me prépare une couronneDe myrtes nouveaux et de fleurs ?Quel est le roi que le sort donneA cette troupe de buveurs ?Comme un Thrace sous cette tonneJe veux de l’amant d’ÉrigoneÉprouver toutes les fureurs ;Je prétends en ce jour de fêteTomber sous la table endormi :Il m’est doux de perdre la têtePour le retour de mon ami.

48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources