Œuvres d’Horace, 1796· Livre Ii
ODE XIV. À Postume,
SUR LA BRIÈVETÉ DE LA VIE
Postume, cher Postume, hélas !Le temps a des ailes rapides.Tes vœux ne retarderont pasL’affreuse vieillesse et les rides,Ni l’inexorable trépas.
Quand, chaque jour, ta main timideImmolerait trois cents taureaux,Pluton serait toujours avide,Lui qui des infernales eauxEnvironne l’ami d’Alcide.
Tous les mortels que de ses donsNourrit la terre libérale,Riches, pauvres, méchants ou bons,Un jour dans la barque fatale,Cher Postume, nous descendrons.
En vain de Mars et de BelloneÉviterons-nous les combats,Les vents funestes de l’automne,Et le son rauque et le fracasDe l’onde amère qui bouillonne :
Il faudra voir ces bords fumants,Où se traîne une onde engourdie,Les Belides aux bras sanglants,Le pâle Sisyphe et Tythie,Livrés à d’éternels tourments.
Il faudra bientôt disparaître,Cher Postume, et le noir cyprèsDes beaux arbres qui t’ont vu naîtreReste seul fidèle à jamaisAu passager qui fut son maître.
Il faudra, cher Postume, un jourIl faudra quitter ta patrie,Ta maison, les prés d’alentour,Et même l’épouse chérie,Objet de ton fidèle amour.
Ton héritier, beaucoup plus sage,Teindra ses parquets fastueux,En répandant ce vin fumeuxQue cent clefs gardaient d’âge en âgePour la table des demi-dieux.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources