Œuvres d’Horace, 1796· Livre Ii
ODE XV. Contre le luxe de son siècle
Faudra-t-il voir bientôt nos immenses palaisEnvahir tout le sol que fendait la charrue ?Tous ces vastes étangs, que l’art creuse à grands frais,Veulent-ils du Lucrin surpasser l’étendue ?
Où la vigne jadis s’unissait aux ormeaux,Le stérile platane étendra son ombrage ;L’arbuste et le laurier façonnés en berceaux,Des rayons du soleil repousseront l’outrage.
Le lys voluptueux, le myrthe, les rosiers,Embaumeront bientôt de parfums inutilesCes coteaux où l’on vit des bosquets d’oliviersEnrichir autrefois leurs possesseurs tranquilles.
Exemples des Caton, décrets de Romulus,Vous avez donc perdu votre antique puissance ?Les citoyens d’alors n’avaient que des vertus,La république seule était dans l’opulence.
Nul n’eût osé, quittant le toit de ses aïeux,Fuir les feux du midi sous de vastes portiques ;Et le marbre éclatant, réservé pour les Dieux,N’ornait que les autels ou les places publiques.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources