Œuvres d’Horace, 1796· Livre Iii
ODE XXI. À sa bouteille
O ma chère contemporaine,Compagne de mes premiers ans,De ta demeure souterraineSors après quarante printemps.Bouteille longtemps délaisséeSous ton étiquette effacée,Tu gardes un vin précieux ;Ton sein renferme la sagesse,Les plaisirs, l’amoureuse ivresse,Et le sommeil des paresseux.
Digne d’embellir cette fête,Montre-toi dans ce jour heureux,Viens, parais, mon ami s’apprêteA sabler mon vin le plus vieux.Ne crains pas que la main ingrateD’un triste élève de SocrateTe repousse de ce festin :Il sait que Caton, ce vieux sage,Réchauffa souvent son courageDans une coupe de bon vin.
Par une douce violence,De nos sages les plus discretsTon nectar met en évidenceLes graves soins et les secrets.Par toi l’espérance ranimeL’homme que le malheur opprime,Et lui fait défier le sort ;Par toi, retrouvant son courage,Le pauvre, au sein de l’esclavage,Brave les tyrans et la mort.
Que, rivaux du fils de Latone,Cent flambeaux nous rendent le jour ;Accourez, amant d’Érigone,Avec les trois sœurs de l’Amour,Pendant cette nuit tutélaire.Venez, Déesse de Cythère,Prolonger cet heureux festin ;Et qu’on nous y retrouve encoreAu moment où la jeune AuroreLancera les feux du matin.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources