Œuvres d’Horace, 1796· LIVRE Ier
ODE IV. À Sextus
L’hiver cède au retour de Flore et du printemps :On lance le navire enfoncé dans le sable ;L’homme vole au travail, le troupeau fuit l’étable ;La neige du matin ne blanchit plus nos champs.La reine de CythèreConduit sa jeune courDans un vallon qu’éclaireLa sœur du Dieu du jour,Et les Grâces décentesDe leur pied tour à tourFoulent les fleurs naissantes.Cependant que Vulcain dans ses ardents fourneauxDu Cyclope difforme anime les travaux.
Nos têtes, maintenant de parfums arrosées,Se pareront de myrtes verts.Couronnons-nous des fleurs que les hiversA nos jardins flétris ont longtemps refusées ;Et qu’on immole à Pan, sous l’ombre des rameaux,D’innocentes brebis ou de jeunes chevreaux.
La mort, la pâle mort, cette déesse altière,Foule d’un pas égal le trône et la chaumière.Heureux Sextus, nous ne vivons qu’un jour ;L’espoir lointain n’est que chimère :Pluton déjà t’appelle en son triste séjour.
Quand tu mettras le pied dans la barque fatale,Adieu les festins et les jeux !Adieu les tendres feuxQue t’inspire le beau Céphale,Qui des jeunes Romains fixe à présent les yeux,Et pour qui nos beautés feront bientôt des vœux !
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources