Œuvres d’Horace, 1796· LIVRE Ier
ODE III. Au vaisseau de Virgile
O vaisseau, de Paphos puisse l’aimable reine,Puisse l’astre brillant des deux frères d’HélèneTe guider sur les mers !Aborde, sans danger, le rivage d’Épire :Que le père des vents permette au seul zéphireDe régner dans les airs.
Des jours de mon ami frêle dépositaire,Conserve de mon cœur la moitié la plus chère ;Rends-le nous, tu le dois.Il eut un cœur d’airain celui qui de l’orageAffronta le premier l’impétueuse rageSur un fragile bois.
Il méprisa ces vents des plaines boréales,Ce fougueux aquilon ; ces étoiles fatales,Terreur des matelots ;Les autans élancés des rivages d’Afrique,Et celui qui toujours du golfe AdriatiqueTrouble à son gré les flots.
Put-il craindre la mort, lui qui d’un œil tranquilleVit des écueils briser cette mer indocileEt les monstres bondir ?C’est donc, c’est donc en vain que par des mers profondesLa prudence des Dieux a séparé les mondes ?L’homme ose les franchir.
L’homme des immortels méprise la défense.Des enfants de Japet la coupable insolenceRavit le feu des cieux :Soudain fondit des maux la troupe dévorante,Et la mort, qui jadis était tardive et lente,Accourut avec eux.
Hercule du Ténare a forcé la barrière :Se frayant une route aux humains étrangère,Dédale a fendu l’air.Nous attaquons le ciel. Est-il rien que l’on n’ose ?Nous ne permettons pas que la foudre reposeAux mains de Jupiter.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources