Œuvres d’Horace, 1796· Livre Iii
ODE XIX. À Télèphe
Fort doctement vous nous contez l’histoireDe cet empire où régnait Inachus,Jusques au temps du généreux Codrus,Qui pour les siens mourut couvert de gloire ;Vous nous parlez des enfants d’Éacus,Du siège d’Ilion et des exploits d’Achille :Mais vous ne dites pas le prix du meilleur vin,Qui nous fera chauffer le bain,A quelle heure et chez qui nous trouverons asileContre des froids plus vifs que ceux de l’Apennin.
Verse, esclave, en l’honneur de la lune nouvelle ;En l’honneur de la nuit ma coupe s’emplira ;Verse, pour honorer l’augure Murena :Qu’à triple dose ici le meilleur vin ruisselle.
L’élève des neuf sœurs boit hardiment neuf fois ;Mais les Grâces toujours unies,Des querelles surtout timides ennemies,Défendent de passer l’heureux nombre de trois.
Je veux me livrer au délire.D’où vient que nous n’entendons plusLes flûtes de Cybèle et les sons de la lyre ?Pourquoi ces luths restent-ils suspendus ?
Je n’aime point ces mains oisives ;Jetez des fleurs, versez les parfums précieux :Tourmentons par des chants joyeuxDe l’envieux Lycus les oreilles craintives,Et sa femme qui hait un époux aussi vieux.
De vos amours, Télèphe, on connaît le mystère ;Et votre chevelure, et l’éclat de vos yeux,Qui de l’astre du soir feraient pâlir les feux,Ont enflammé Chloé, déjà digne de plaire :Pour moi, d’un feu constant je brûle pour Glycère.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources