Œuvres d’Horace, 1796· LIVRE Ier
ODE IX. À Thaliarque
Vois l’Apennin chargé de la neige brillanteQu’ont sur ses vastes flancs soufflé les aquilons ;Vois les arbres pliant sous le poids des glaçons,Et du Tibre captif la surface glissante.
Près du chêne enflammé, défiant les hivers,Brave dans ton foyer la saison rigoureuse ;Verse ton vieux nectar d’une main généreuse,Et laisse aux Dieux le soin de régir l’univers.
Ces tyrans orageux qui des humides plainesPar leurs bruyants combats osent troubler la paix,Cesseront d’agiter le vaste front des chênesEt le sommet aigu des antiques cyprès.
Évite de porter des regards indiscretsSur l’avenir douteux que le sort te prépare ;Les instants que te laisse un destin trop avare,Apprends à les compter comme autant de bienfaits.
Thaliarque, préviens la vieillesse livide :Aime le champ de Mars, les danses et l’amour ;Ces rendez-vous surtout où la bouche timideS’exprime à demi-voix, vers le déclin du jour.
C’est maintenant qu’il faut, dans un coin, en silence,Poursuivre la beauté que décèlent ses ris ;Dérober ses bijoux à la jeune Doris,Et vaincre de sa main la molle résistance.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources