Œuvres d’Horace, 1796· LIVRE Ier
ODE XVI. À Tyndaris qu’il avait offensée dans ses vers
D’une mère charmante enfant plus belle encore,Mes vers sont criminels, que le feu les dévore ;Ordonnez, et qu’ils soient emportés par les flots.Non, Bacchus ni Cybèle, en leur affreux mystère,L’airain du Corybante ébranlant les échos,Et les divins transports des prêtres de Délos,Non, rien n’égare autant que l’aveugle colère.
Rien ne peut l’arrêter ; ni les flots orageux,Ni les feux dévorants, ni les traits du Numide.Ni même Jupiter fondant du haut des cieux,Au milieu du fracas de sa foudre rapide.On dit que de ce Dieu le rival intrépide,Des éléments divers formant notre limon,Embrasa notre cœur des fureurs du lion.
La colère des maux est la source funeste.La colère apprêta le festin de Thyeste :C’est elle qui détruit les remparts orgueilleuxDe ces fières cités qui menaçaient les cieux ;Elle amène le jour fatal à leur mémoire,Où l’insolent vainqueur, abusant de sa gloire,Fait passer sur leur cendre un soc injurieux.
De la colère aussi j’ai ressenti l’ivresse :O belle Tyndaris, de grâce apaisez-vous.Elle put arracher à ma faible jeunesseDes vers qui méritaient votre juste courroux ;Mais par de nouveaux chants ma muse les expie.Reprenez, comme moi, des sentiments plus doux ;Rendez-moi votre cœur, rendez-moi mon amie.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources