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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres d’Horace, 1796· LIVRE Ier

ODE XXVIII. L’ombre d’Archytas

Pierre Daru· 43 vers

Le voyageur

Toi qui de la nature as sondé le mystère,Toi dont l’art sut compter jusqu’au sable des mersRepoussé par les flots sur ces rochers déserts,Tu restes sans honneur, faute d’un peu de terre.Vainement ton génie, élevé jusqu’au ciel,Parcourut l’univers ; tu n’étais qu’un mortel.

L’ombre d’Archytas

Le convive des Dieux, le fameux roi Tantale,Et Tithon, que l’Aurore enleva dans les cieux,Et le sage Minos, ce confident des Dieux,Ont aussi du trépas subi la loi fatale.Le Tartare a revu, pour la seconde fois,Ce fils de Panthoüs, fameux par sa sagesse,Qui sut de la nature interpréter les lois.Vainement, pour prouver qu’il suivit autrefoisSous les murs d’Ilion les guerriers de la Grèce,Il montre un bouclier, témoin de ses exploits :Vainement prétend-il qu’à la Parque sévèreIl livra seulement sa dépouille grossière.La nuit nous attend tous, telle est la loi du sort ;Il faut suivre une fois le sentier de la mort.L’un aux fureurs de Mars est livré par Mégère ;L’avare, qui franchit le liquide élément,Trouve au milieu des flots le trépas qui l’arrête ;Les jeunes et les vieux au fond du monument,Pêle-mêle entassés, tombent confusément :Nul au cruel Pluton ne dérobe sa tête.L’autan, qui d’Orion suit toujours le déclin,M’a jeté dans les flots d’un bras inévitable.Toi, daigne, voyageur, d’une obligeante main,Sur ma tête et mes os jeter un peu de sable.Pour prix de ce bienfait, que les vents orageux,L’Eurus et l’Aquilon, respectant ton navire,Déchargent leur fureur sur les forêts d’Épire :Que le Dieu de Tarente et le maître des cieuxChez toi de toutes parts amènent l’abondance.Eh quoi ! tu ne crains pas de commettre un forfait,Dont tu crois que tes fils porteront seuls l’effet ?Mes vœux appelleront la céleste vengeance ;Tu subiras ta peine, un pareil sort t’attend :Rien ne pourra des Dieux obtenir la clémence.Mais qu’as-tu qui te presse ? il ne faut qu’un instant ;Daigne trois fois sur moi jeter un peu d’arène,Et tu fuiras soudain sur la liquide plaine.

43 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources