Œuvres d’Horace, 1796· Livre Iii
ODE XIV. Sur le retour d’auguste
Peuples, ce grand César que nous vîmes naguère,Prodigue de son sang, moissonner des lauriers,Cet Hercule nouveau, revient dans ses foyersDes plaines qu’arrose l’Ibère.
Qu’au-devant des pas du vainqueur,Après s’être acquittée envers le ciel prospère,Vole cette épouse si chèreQui pour lui seul garde son cœur.
Venez, auguste sœur de ce Dieu tutélaire,Et vous dont il ramène ou les fils ou l’époux,Jeune épouse, sensible mère,D’un saint bandeau couronnez-vous.
Vous enfin que le sort jalouxPriva d’un amant ou d’un père,Étouffez vos soupirs en des moments si doux.
Quelle fête pour moi que ce jour favorable !Je n’ai plus de soucis, je ne crains plus les coupsDe la discorde impitoyable :Le roi de l’univers, César, veille sur nous.
Viens, jeune esclave, accours, porte-moi ma couronneEt ce vin qui jadis vit les Marses vaincus ;Viens répandre l’encens, que le nectar bouillonne,S’il en échappa quelque tonneAux ravages de Spartacus.
Va chercher Nééra, cette chanteuse aimable ;Que, relevant ses blonds cheveux,Elle y jette à la hâte un parfum délectable.Cours, vole ; mais reviens au plus tôt vers ces lieux,Si son portier est intraitable.
Je commence à blanchir, l’âge amortit mes feux ;Pour les combats j’ai moins de hardiesse :Je n’aurais pas souffert un semblable refusDans la chaleur de ma jeunesse,Sous le consulat de Plancus.
34 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres d’Horace, Paris, Levrault, Schoell et Cie, 1804· numérisation espace-horace.org· Sources