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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Choix de poèmes, 1951· Chapitre premier L’Estuaire SOUFFLES DE TEMPÊTE, Fasquelle, 1918

L’Étreinte marine

OCCIDENT, Ed. de la Revue Blanche, 1901

Lucie Delarue-Mardrus· terza rima classique, alexandrins, 40 vers

Une voix sous-marine‖ enfle l’inflexionDe ta bouche et la mer‖ est glauque tout entièreDe rouler ta chair pâle‖ en son remous profond.

Et la queue enroulée‖ à ta stature altièreFait rouler sa splendeur‖ au ciel plein de couchant,Et, parmi les varechs‖ où tu fais ta litière,

Moi qui passe le long‖ des eaux, j’ouïs ton chantToujours, et, sans te voir‖ jamais, je te supposeDans ton hybride grâce‖ et ton geste alléchant.

Je sais l’eau qui ruisselle‖ à ta nudité rose,Visqueuse et te salant‖ journellement la chairOù cette. flore étrange‖ et vivante est éclose ;

Et tes doigts dont chacun‖ pèse du. chaton clairQue vint y incruster‖ l’aigue ou le coquillageEt ta tête coiffée‖ au hasard de la mer ;

La blanche bave dont‖ bouillonne ton sillage,L’astérie à ton front‖ et tes flancs gras d’oursinsEt la perle que prit‖ ton oreille au passage ;

Et comment est plaquée‖ en rond entre tes seinsLa méduse ou le poulpe‖ aux grêles tentacules,Et tes colliers d’écume‖ humides et succincts.

Je te sais, ô sirène‖ occulte qui circulesDans les flux et reflux‖ que hante mon loisirTriste et grave, les soirs,‖ parmi les crépuscules,

Jumelle de mon âme‖ austère et sans plaisir,Sirène de ma mer‖ natale et quotidienne,O sirène de mon‖ perpétuel désir !

O chevelure ! ô hanche‖ enflée avec la mienne,Seins arrondis avec‖ mes seins au va-et-vientDe la mer, ô fards clairs,‖ ô toi, chair neustrienne !

Quand pourrai-Je sentir‖ ton cœur contre le mienBattre sous ta poitrine‖ humide de marée.Et fermer mon manteau‖ lourd sur ton corps païen,

Pour t’avoir nue ainsi‖ qu’une anguille effaréeA moi, dans le frisson‖ mouillé des goëmons,Et posséder enfin‖ ta bouche désirée ?

Ou quel soir, descendue‖ en silence des montsEt des forêts vers toi,‖ dans tes bras maritimesViendras-tu m’emporter‖ pour, d’avals en amonts,

Balancer notre étreinte‖ au remous des abîmes ?

Versification

Forme
Terza rima classique (terza rima)
Rimes
13(aba) b
Mètre
Alexandrins· profil 6−6
Mots à la rime
a l’inflexion / profond masculine, non classiqueb entière / altière / litière féminine, classiquec couchant / chant / alléchant masculine, classiquea suppose / rose / éclose féminine, classiqueb chair / clair / mer masculine, classiquec coquillage / sillage / passage féminine, classiquea d’oursins / seins / succincts masculine, classiqueb tentacules / circules / crépuscules féminine, classiquec loisir / plaisir / désir masculine, classiquea quotidienne / mienne / neustrienne féminine, classiqueb va-et-vient / mien / païen masculine, classiquec marée / effarée / désirée féminine, classiquea goëmons / monts / amonts masculine, classiqueb maritimes / abîmes féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.4

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Choix de poèmes, Paris, Librairie Alphonse Lemerre, 1951· Sources