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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Mort et printemps, 1932· Jacqueline

II. « J’allais par les Champs-Élysées »

Lucie Delarue-Mardrus· 14 quatrains, octosyllabes, 56 vers

J’allais par les Champs-ÉlyséesVers l’Arc, porte de l’horizon.Les jets d’eau, comme des fusées,Montaient dans la belle saison.

Mai. Fleurs et fleurs. Et ces nuagesSur les marronniers flamboyants.Paris remuait ses images,Scintillait de tous ses brillants.

La foule qui descend et monte,Je la traversais d’un vol droit,Pressée, ayant comme une honteDe regarder tout ce qu’on voit.

Dans cette lumière câlineDu mois de mai qui pleut tout doux,J’allais au dernier rendez-vous.C’était la mort de Jacqueline.

Jacqueline… dans chaque nidLe monde naît. La vie est belle.Que Paris est charmant ! Pour elle,Tout est fini, tout est fini.

Ombres, lumières, silhouettes,Tout ce que l’on croise en passant,Ce bouillonnement incessant,Gravures faites et défaites,

Le passé plein de souvenirs,Le présent et sa fantaisie,Le réel et la poésie,Les proches, troublants avenirs,

Tout ce que l’âme curieusePeut attendre de l’imprévuAprès ce qu’elle a déjà vu ;L’aventure sombre ou joyeuse,

Les saisons, les villes, les champs,Le monde moral et physique,L’art, la pensée ou la musique,Ce que font les bons, les méchants,

L’existence, enfin, l’existence,Ce danger auquel nous tenonsMalgré nous, quel que soient nos noms,Matelots toujours en partance.

Nos brusques désirs d’infiniOu notre incroyance hantée,L’amitié, seule ancre jetéeDans l’océan — tout est fini.

Elle était grande, simple, forte.Elle a refermé ses yeux verts,Et voici que tout l’universMeurt d’un coup avec cette morte.

Nous, nous restons encore là,Et nous continuerons sans elleA vivre un moment tout cela,Suivis par son ombre irréelle ;

Mais pour elle, fini, fini…Jacqueline, hélas ! Jacqueline !…Il nous reste, au jour qui décline,Ce tombeau qu’un prêtre a béni.

Versification

Forme
14 quatrains (strophes variées)
Rimes
4(abab) 10(abba)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
14 quatrains
Mots à la rime
a Champs-Élysées / fusées féminine, classiqueb l’horizon / saison masculine, classiquea nuages / images féminine, classiqueb flamboyants / brillants masculine, classiquea monte / honte féminine, classiqueb droit / voit masculine, classiquea câline / Jacqueline féminine, classiqueb doux / rendez-vous masculine, classiquea nid / fini masculine, non classiqueb belle / elle féminine, classiquea silhouettes / défaites féminine, classiqueb passant / incessant masculine, classiquea souvenirs / avenirs masculine, classiqueb fantaisie / poésie féminine, classiquea curieuse / joyeuse féminine, classiqueb l’imprévu / vu masculine, classiquea champs / méchants masculine, classiqueb physique / musique féminine, classiquea l’existence / partance féminine, classiqueb tenons / noms masculine, classiquea d’infini / fini masculine, classiqueb hantée / jetée féminine, classiquea forte / morte féminine, classiqueb verts / l’univers masculine, classiquea là / cela masculine, classiqueb elle / irréelle féminine, classiquea fini / béni masculine, classiqueb Jacqueline / décline féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.0· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Mort et printemps, Paris, Albert Messein, 1932· numérisation poesies.net· Sources