Mort et printemps, 1932· Jacqueline
III. « Je te disais, lorsque vivante »
Je te disais, lorsque vivante,« Bonjour, petit Jacquelinot ! »Je le redis dans l’épouvante.Te voilà si bas — ou si haut !
Disparue à jamais. En proieA la décomposition,Toi, toi !… Sans douleur et ans joie,Sans espoir et sans passion.
Objet dans la terre, squeletteQui travaille à se délivrerDE ce fardeau pâle et doréQui composait ta silhouette,
Tes yeux qui plongeaient dans mes yeuxEt que révulsa l’agonie,Ces deux beaux joyaux verts et bleusSont déjà dans l’ignominie.
Ta bouche… tes mains… tout ton corps,Tout cela dans la tombe closeExiste encore, longue choseQu’on cacha comme les trésors.
Et tout cela va disparaîtreLentement dans l’obscurité.Une fille si jeune, un êtreDont il ne va plus rien rester.
Brûlante encore est ta présence,Ta place dans ce monde ci.Je te revois partout : ici,Là ; c’est ton regard, ta cadence,
Et rien ! tu ne reviendra pas,Je ne saurai plus rien. J’ignoreQui tu es, si tu vis encoreDans on ne ait quel grand là-bas.
Je répète mon appel tendre.Est-ce que je parle à quelqu’un ?Je ne sais si tu peux m’entendre.Des signes ? Tu n’en fais aucun.
Ah ! la mort ! Cette indifférenceDe l’être qui s’en est allé !Mes ennemis peuvent parler,Tu ne prendras plus ma défense.
Moi je ne suis plus rien pour toi.Tu te reposes dans ta terre,Plus inerte qu’un caillou froid,Têtue, occupée à te taire.
Ce surnom qui fut toi, pourtant,Jacquelinot, je le répète.Mais ma pauvre voix inquièteN’appelle plus que du néant.
L’entends-tu, ma vois douloureuse ?— Jacquelinot, notre amitié !Non ! Tu n’est qu’une mort affreuseQui dort, ayant tout oublié.
Versification
- Forme
- 13 quatrains (strophes variées)
- Rimes
- 7(abab) 6(abba)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 13 quatrains
- Mots à la rime
- a vivante / l’épouvante féminine, classiqueb Jacquelinot / haut masculine, classiquea proie / joie féminine, classiqueb décomposition / passion masculine, classiquea squelette / silhouette féminine, classiqueb délivrer / doré masculine, non classiquea yeux / bleus masculine, classiqueb l’agonie / l’ignominie féminine, classiquea corps / trésors masculine, classiqueb close / chose féminine, classiquea disparaître / être féminine, classiqueb l’obscurité / rester masculine, non classiquea présence / cadence féminine, classiqueb ci / ici masculine, classiquea pas / là-bas masculine, classiqueb J’ignore / encore féminine, classiquea tendre / m’entendre féminine, classiqueb quelqu’un / aucun masculine, classiquea indifférence / défense féminine, classiqueb allé / parler masculine, non classiquea toi / froid masculine, non classiqueb terre / taire féminine, classiquea pourtant / néant masculine, classiqueb répète / inquiète féminine, classiquea douloureuse / affreuse féminine, classiqueb amitié / oublié masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.8
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Mort et printemps, Paris, Albert Messein, 1932· numérisation poesies.net· Sources