Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les pleurs, 1833

Toi ! me hais-tu ?

Marceline Desbordes-Valmore· quatrains, alexandrins surtout, 52 vers

Quand tu souris en homme‖ à ces tendres oragesQui troublent dans l’amour‖ de plus faibles courages,Que j’aime, de ta voix‖ démentant la gaîté,Ce nuage qui passe‖ à ton front attristé !

Après que je t’ai dit‖ ma plainte toute entière,Calmée à ton silence‖ éloquent et rêveur,Quand je sens tes doux yeux‖ brûler sur ma paupière,Dis ! n’est-ce pas ton cœur‖ qui regarde mon cœur ?

Il m’éblouit de joie !‖ il endort mes alarmes.Sais-tu de quel espoir‖ il relève mon sort ?J’y vois toute une vie,‖ et je la vois sans larmes,Et je n’ai plus peur de la mort !

Toi qui m’as seule aimée,‖ écoute : si tu changes,Je te pardonnerai‖ sans t’imiter jamais ;Car de cet amour vrai‖ dont s’adorent les angesJe sens que je t’aimais.

Et sans ton cœur, mon cœur‖ comme un poids inutile,Tel qu’en ce froid cadran‖ palpite un plomb mobile,De la nuit à l’aurore‖ et de l’aurore au soir,Battra jusqu’au tombeau,‖ sans joie et sans espoir.

Et, j’en demande à Dieu‖ pardon plus qu’à toi-même,Je ne veux pas revivre‖ où l’on dit que l’on aime,Si l’on t’y donne un bien‖ qui ne sera plus moi,Et si Dieu m’y destine‖ un autre ange que toi.

Le néant me plaît mieux ;‖ son horreur me soulage :Jamais je ne t’ai vu‖ sans t’aimer davantage ;Et jamais, plus rêveuse‖ en te quittant le soir,Sans pâlir dans l’effroi‖ de ne te plus revoir !

C’est que Dieu pour nos jours‖ n’alluma point deux flammes ;C’est qu’un même baiser‖ fit éclore deux âmes ;Que partout où je passe‖ en appelant ta main,Le doux poids de tes pieds‖ a creusé mon chemin.

Enfin, que ma pensée,‖ orageuse ou calmée,Se dévoile riante,‖ ou s’enferme alarmée,Comme on voit la cigale‖ au front tremblant des blés,Craintive, au moindre bruit‖ tarir ses chants troublés ;Toujours teinte de ton image,C’est l’eau sous le soleil,‖ quand j’y sens ton amour ;Et si pour d’autres yeux‖ tes yeux ont un langage,C’est l’eau, miroir éteint‖ d’où s’efface le jour.

Toi ! me hais-tu ? dis vrai !‖ t’ai-je offensé, mon âme ?Dis : quelque mot amer‖ dans un pli de ton cœurParle-t-il contre moi,‖ ta sœur, ta faible femme ?Oh ! parle : as-tu jamais‖ compris une autre sœur ?

Non ! j’ai froid d’y penser.‖ Tendresse inexprimable !Ignores-en toujours‖ les effrois douloureux.Ne prends de mon amour‖ que ce qu’il a d’aimable,Et ne garde du tien‖ que ce qui rend heureux !

Mais, laisse-moi t’aimer !‖ Laisse-moi vivre encore !Laisse ton nom sur moi‖ comme un rayon d’espoir !Mais, dans le mot demain‖ laisse-moi t’entrevoir,Et, si j’ai d’autres jours,‖ viens me les faire éclore !

Versification

Forme
Quatrains
Rimes
5(aabb) 5(abab) 1(aabbcdcd) 1(abba)
Mètre
Alexandrins surtout (49 de 12, 2 de 8, 1 de 6)· profil 8, 6+6, (6)
Strophes
11 quatrains, 1 huitain
Mots à la rime
a orages / courages féminine, classiqueb gaîté / attristé masculine, classiquea entière / paupière féminine, classiqueb rêveur / cœur masculine, classiquea alarmes / larmes féminine, classiqueb sort / mort masculine, classiquea changes / anges féminine, classiqueb jamais / t’aimais masculine, classiquea inutile / mobile féminine, classiqueb soir / espoir masculine, classiquea toi-même / aime féminine, classiqueb moi / toi masculine, classiquea soulage / davantage féminine, classiqueb soir / revoir masculine, classiquea flammes / âmes féminine, classiqueb main / chemin masculine, classiquea calmée / alarmée féminine, classiqueb blés / troublés masculine, classiquec image / langage féminine, classiqued amour / jour masculine, classiquea âme / femme féminine, classiqueb cœur / sœur masculine, classiquea inexprimable / d’aimable féminine, classiqueb douloureux / heureux masculine, classiquea encore / éclore féminine, classiqueb d’espoir / t’entrevoir masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies complètes, Paris, Éditions du Trianon, 1931· Sources